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Protéger ses bases militaires en opérations, mission impossible?


Samedi 14 mars 2026 à 15h18

Paris (France), 14 mars 2026 (AFP) — La frappe qui a tué un militaire français et blessé six autres au Kurdistan irakien met en lumière la complexe sécurisation des bases militaires en opérations, déjà confrontées aux tirs de roquettes et aux assauts terrestres et dorénavant à la menace des drones.

Ces militaires français avaient été déployés sur le camp "Black Tiger" touché, situé au sud-ouest d'Erbil, dans le cadre d'un "éclatement temporaire" du dispositif français au Kurdistan, selon le colonel Guillaume Vernet, porte-parole de l'état-major des Armées.

Cette dissémination des forces répond à une besoin de discrétion pour se prémunir contre les représailles lancées par des milices pro-iraniennes visant la présence militaire occidentale déployée en Irak, après le déclenchement des frappes israélo-américaines contre l'Iran.

Placée sous l'autorité des combattants kurdes Peshmergas, Camp Black Tiger est une "base militaire protégée de façon périmétrique. Il y a des abris, un système d'alerte" en cas de frappes venues du ciel, selon le colonel Vernet, pour qui "il n'a aucun système qui soit totalement étanche".

Une enquête doit préciser si l'adjudant-chef Arnaud Frion a bien été tué par un drone Shahed, un engin de longue portée de conception iranienne doté de quelques dizaines de kilos d'explosifs.

Face à cela, "vous ne pouvez pas vous défendre si vous ne repérez pas la menace. Et plus vous la repérez tôt mieux c'est", explique Yohann Michel, chargé d'études à l'Institut d'études de stratégie et de défense de l'université Lyon-3.

Or un "Shahed peut voler vraiment bas et si vous n'avez pas été informé en amont, vous risquez de le découvrir trop tard", comme cela arrive même à des unités ukrainiennes dédiées à l'interception de ces drones lancés chaque nuit contre l'Ukraine, relève-t-il.

Il faut donc s'équiper de radars, de capteurs acoustiques disséminés bien en amont de l'emprise militaire et de systèmes anti-aériens de courte portée, de canons à tirs rapides ou encore de drones intercepteurs, utilisés à grande échelle par l'Ukraine mais dont la France n'est pas encore dotée.

"Les moyens de défense hors de la base restent la meilleure solution, c'est tout le problème d'avoir des emprises au milieu d'un territoire non contrôlé", juge-t-il.

"On ne protège pas une base en se limitant au grillage", rappelait déjà le chef d'état-major de l'armée de l'Air, le général Jérôme Bellanger, peu après l'opération ukrainienne Spider Web, au cours de laquelle des essaims de petits drones FPV chargés d'explosifs avaient détruit nombre d'avions sur plusieurs bases aériennes russes.

- "Missile de croisière du pauvre" -

La menace des drones, petits ou gros, et la défense sol-air constituent pour lui "une préoccupation majeure pour la protection de nos bases aériennes" sur le territoire national et à l'étranger.

Et si l'armée française a fait "un bon en avant" dans la détection et l'identification de ces menaces, la neutralisation des drones pose encore "quelques difficultés", a récemment admis le général Bellanger lors d'une rencontre avec l'association des journalistes de défense (AJD).

Les drones s'ajoutent à des menaces présentes de longue date et qui n'ont pas disparu. Comme les roquettes tirées contre les bases opérationnelles avancées (FOB) en Irak et en Afghanistan.

"Face à des roquettes, le temps de réaction est si faible qu'il n'y a quasiment pas de moyens de défense une fois que le coup est parti, donc il faut des abris, des moyens de détection de départ de coup" pour donner l'alerte, explique Yohann Michel.

L'adversaire doit s'approcher de la base pour tirer ses roquettes, il faut donc "surveiller les emplacements de tirs possibles" notamment par des patrouilles, relève Michel Goya, ancien colonel et historien militaire.

Au Mali, rappelle-t-il, "la menace principale pour les FOB, c'était les voitures-béliers, les voitures-suicides, c'était un peu les missiles de croisière du pauvre".

Au fil du temps, les bases se sont donc fortifiées. "C'est bien pour la protection mais on voit bien que ça a des limites, à partir du moment où vous êtes dans une position statique connue de tous, vous êtes forcément vulnérables", juge Michel Goya, pour qui "on est finalement mieux protégés dilués dans le terrain, mobile, pas prévisible".

Pour lui, "il n'y pas de bonne solution. Si on ne veut pas avoir de pertes, on n'y va pas tout simplement pour ne pas prendre de risque, ou on se replie".

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.