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Procès du génocide au Kurdistan irakien: "Ali le chimique" ne regrette rien


Dimanche 28 janvier 2007 à 15h51

BAGDAD, 28 jan 2007 (AFP) — Le cousin de Saddam Hussein, Hassan al-Majid, dit "Ali le chimique", accusé de génocide lors des campagnes militaires Anfal au Kurdistan irakien (nord) en 1987-1988, a assumé dimanche sa responsabilité dans la destruction de villages et affirmé qu'il n'avait pas à s'en excuser.

"C'est moi qui ai donné les ordres à l'armée pour qu'elle détruise les villages et déporte ses habitants", a déclaré avec assurance "Ali le chimique", ainsi surnommé pour son utilisation des armes chimiques contre les populations kurdes.

"Je n'ai pas besoin de me défendre pour ce que j'ai fait. Je ne m'excuse pas. Je n'ai commis aucune erreur", a-t-il ajouté, lors de la 39e audience du procès Anfal, au cours duquel six anciens responsables irakiens sont jugés devant le Haut tribunal pénal irakien.

Une nouvelle fois, "Ali le chimique" s'est installé dans la chaise précédemment occupée par l'ancien président irakien Saddam Hussein, qui était jugé dans ce procès, avant d'être pendu le 30 décembre en application du jugement d'une autre affaire, pour l'exécution de 148 chiites dans les années 1980.

Dimanche, l'accusation a présenté une vingtaine de lettres et de télégrammes adressés à l'état-major et aux autorités politiques.

Ces documents sont destinés à établir la chaîne des responsabilités dans les bombardements chimiques, la destruction de milliers de villages et la déportation de leurs habitants.

"Nous avons pris les mesures nécessaires pour détruire les villages, comme cela a été ordonné par Ali Hassan al-Majid. Merci confirmer davantage de villages à démolir", demande ainsi l'un des télégrammes, envoyé par un responsable du renseignement militaire dans le nord au ministère de la Défense.

Dans un autre télégramme, des responsables du renseignement à Soulaimaniyah, une ville kurde, préviennent les militaires: "Vous signalons qu'un groupe de journalistes s'est rendu sur le site des frappes chimiques", le procureur insistant sur ces deux derniers mots.

Des enfants ont été séparés de leurs parents, lorsque les populations kurdes ont été déportées, a souligné le procureur.

"Ces ordres ont été donnés alors que les agents iraniens infestaient la région. Nous devions isoler les saboteurs. L'Iran s'était emparé d'une partie importante de notre territoire, de la taille du Liban", s'est justifié "Ali le chimique".

Pourtant, la campagne Anfal contre les Kurdes s'est poursuivie après la signature d'un cessez-le-feu mettant fin à huit ans de guerre contre l'Iran le 8 août 1988, a relevé le procureur.

"Nous devions être prudents avec les Iraniens. Vous savez comment sont ces gens et les dégâts qu'ils ont causé dans l'histoire de l'Irak", a répondu Ali.

Les accusés risquent la peine de mort si leur responsabilité est prouvée dans les opérations Anfal, menées en 1987 et 1988 au Kurdistan (nord), au cours desquelles 180.000 personnes ont été tuées dans des exécutions de masse ou des bombardements chimiques, selon l'accusation.

Pour leur défense, les accusés assurent qu'il s'agissait d'une campagne classique de contre-insurrection, dans le cadre de la guerre contre l'Iran (1980-1988).

Le juge Mohammed al-Oreibi al-Khalifa, qui préside les débats, a annoncé l'ajournement du procès à lundi.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.