
Vendredi 1 mai 2026 à 05h02
Istanbul, 1 mai 2026 (AFP) — Club de Diyarbakir, la "capitale" du sud-est à majorité kurde de la Turquie, Amedspor peut décrocher samedi son billet vers la première division, une perspective inédite qui suscite une vague d'enthousiasme parmi les millions de Kurdes du pays et de la diaspora.
"Si nous montons, nous serons les plus heureux du monde", lâche Ercan Simsek, un supporteur de 52 ans habitué des divisions inférieures.
Venu à Istanbul le mois dernier pour assister à une rencontre décisive, l'homme en costume gris, le cou enroulé d'une écharpe d'Amedspor rouge et verte, deux couleurs emblématiques des bannières kurdes, avait échoué face aux grilles du stade, faute de billet.
"Qu'importe: nous ne sommes pas ici uniquement pour le football. Nous sommes ici car c'est une question de fierté", expliquait-il à l'AFP. "Amedspor est la fierté de Diyarbakir, la fierté du sud-est, la fierté des Kurdes!".
"Nous sommes plus qu'un club, plus qu'une simple équipe de football", abonde Nahit Eren, le président d'Amedspor, dont les joueurs évoluent à domicile devant 18.000 spectateurs en moyenne, sept fois plus que la moyenne de la deuxième division turque.
"Amedspor, c'est une identité, des couleurs, des valeurs et des prises de position", résume à l'AFP le président du club, qui a pris il y a une décennie le nom kurde historique de Diyarbakir, "Amed", un choix qui lui vaut encore aujourd'hui la haine des nombreux supporteurs nationalistes du pays.
- "Propagande" -
Amedspor, qui mêle le turc et le kurde - qui n'a pas le statut de langue officielle en Turquie - dans ses messages sur les réseaux sociaux, a été sanctionné fin janvier par la Fédération turque de football, accusé d'avoir fait la "propagande" de combattants kurdes.
Son tort: avoir réalisé une vidéo en soutien à une combattante kurde dont la natte avait été coupée et brandie en trophée par un soldat de l'armée syrienne lors de combats dans le nord de la Syrie.
Le président du club, qui dénonce "les tentatives visant à impliquer Amedspor dans diverses polémiques", déplore aussi les insultes qui fusent des tribunes à chaque déplacement ou presque, symptomatiques du racisme subi par les Kurdes, qui représentent un cinquième environ des 86 millions d'habitants du pays.
Sur le terrain toutefois, contrairement à l'Athletic Bilbao qui n'aligne que des joueurs nés ou formés au Pays basque, les joueurs kurdes d'Amedspor, prédominants dans l'effectif, évoluent au côté de coéquipiers étrangers, à l'instar de leur meilleur buteur, le Sénégalais Mbaye Diagne.
"L'Athletic est un club centenaire. Amedspor n'a que dix ans", relève le président Eren, admiratif du club basque mais fier aussi de "ne pratiquer aucune discrimination".
- "Ciment des Kurdes" -
La montée d'Amedspor en Süper Lig coïnciderait avec le lent processus de paix en cours entre Ankara et la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), entamé fin 2024.
La vieille ville de Diyarbakir porte encore les stigmates de combats à l'arme lourde qui y ont opposé en 2015-2016 l'armée au groupe armé kurde, un conflit qui a fait plus de 50.000 morts depuis 1984.
Et si d'autres clubs kurdes sont parvenus par le passé à accéder à l'élite, le dernier à la fin des années 2000, Amedspor suscite une ferveur inédite qui s'explique par "son identité kurde revendiquée", explique Ceylan Akça, députée DEM (parti prokurde) de Diyarbakir, qui rappelle que la ville "est considérée par les Kurdes du monde entier comme la capitale du Kurdistan".
Signe de cet engouement jusque dans la diaspora kurde, une boutique officielle du club doit être inaugurée mi-mai à Hanovre, en Allemagne.
Ceylan Akça, habituée des tribunes d'Amedspor, estime cependant qu'en Turquie "toutes les institutions de l'État s'opposent à la réussite de cette équipe", citant en exemple les amendes "absurdes" infligées par la Fédération.
Mais pour elle, l'important est ailleurs: "Qu'il gagne ou non, le club continuera d'être le ciment des Kurdes dispersés dans la région et à travers le monde".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.