
Vendredi 23 mai 2014 à 19h18
Bagdad, 23 mai 2014 (AFP) — L'Irak a présenté vendredi une plainte devant une instance internationale contre la Turquie pour avoir commencé à livrer à l'étranger du pétrole du Kurdistan irakien sans son autorisation, au risque d'envenimer les relations déjà tendues entre les deux pays.
L'exportation de ce pétrole devrait aussi aggraver les différends entre la région autonome kurde, dans le nord de l'Irak, et le pouvoir central à Bagdad qui se livrent une bataille sur le contrôle des exportations de brut: Bagdad estime que le pétrole appartient au pays tout entier, tandis que le Kurdistan veut traiter directement avec des compagnies pétrolières.
Or ce développement intervient au mauvais moment pour le Premier ministre irakien, le chiite Nouri al-Maliki, qui vise un troisième mandat après l'arrivée en tête de son bloc aux législatives du 30 avril mais qui aura vraisemblablement besoin d'un soutien des Kurdes pour rester au pouvoir.
"Le ministère du Pétrole d'Irak a envoyé une demande d'arbitrage à la Chambre de commerce internationale (ICC à Paris) à l'encontre de la République de Turquie et de son opérateur Botas", indique le ministère dans un communiqué.
"En transportant et stockant du brut du Kurdistan, et en le chargeant sur un tanker à Ceyhan, le tout sans l'autorisation du ministère irakien du Pétrole, la Turquie et Botas ont enfreint leurs obligations stipulées dans l'Accord sur l'oléoduc Irak-Turquie", ajoute-t-il.
- Réclamer des 'dommages' -
Le ministère a indiqué avoir demandé à la ICC d'ordonner à la Turquie et au groupe public turc Botas de "cesser tout chargement, tout transport et tout stockage non autorisé de brut", ajoutant qu'il souhaitait obtenir des dommages de plus de 250 millions de dollars.
Quelques heures plus tôt, le ministre turc de l'Energie Taner Yildiz avait annoncé que son pays avait commencé à livrer jeudi du pétrole pompé au Kurdistan irakien et stocké dans le port méditerranéen de Ceyhan.
Le gouvernement irakien insiste sur le fait qu'il est le seul habilité à exporter le pétrole, dont les recettes fournissent à l'Etat 95% de ses revenus.
Un responsable turc, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, a indiqué à l'AFP qu'Ankara n'avait pas été informé de la décision de Bagdad auprès de l'ICC.
Les relations entre l'Irak et la Turquie, qui avaient connu une embellie après 2010, se sont ensuite nettement détériorées.
- Négocier de 'bonne foi' -
Outre la question du pétrole, les deux pays divergent sur le conflit en Syrie, Bagdad affichant sa neutralité et Ankara soutenant les rebelles. Selon des diplomates, M. Maliki et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan entretiennent par ailleurs des relations personnelles tendues.
L'exportation du pétrole du Kurdistan intervient malgré un engagement en mars de cette région d'exporter 100.000 barils de pétrole par jour à travers les oléoducs contrôlés par le pouvoir central.
Le gouvernement régional kurde, basé à Erbil, a argué vendredi que les recettes des ventes seraient déposées dans la banque publique turque Halkbank, insistant qu'elles avaient agi de façon transparente.
La région kurde "continuera d'exercer ses droits d'exporter et de vendre du pétrole" mais demeure engagée à négocier "de bonne foi" avec Bagdad "pour parvenir à un accord complet" sur le partage des réserves énergétiques, a-t-il dit dans un communiqué.
Pour Bagdad, le gouvernement kurde n'est pas habilité à signer des accords avec des compagnies pétrolières étrangères sans son assentiment. De plus, les deux parties divergent sur la question de la souveraineté de la région de Kirkouk (nord), riche en pétrole, que les Kurdes voudraient incorporer à leur territoire.
Les Etats-Unis se sont inquiétés d'une possible déstabilisation de l'Irak. "Notre position de longue date est de ne pas apporter notre soutien aux exportations si elles ne sont pas dûment approuvées par le gouvernement central irakien, et nous sommes inquiets de l'impact que pourraient avoir celles" en cours, a souligné le département d'Etat.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.