
Jeudi 5 février 2026 à 16h59
Londres, 5 fév 2026 (AFP) — Une commission d'enquête britannique a mis en cause le rôle d'un patrouilleur de la marine française et des garde-côtes britanniques dans le naufrage d'une embarcation de migrants qui a fait 27 morts et 4 disparus dans la Manche en 2021, dans un rapport publié jeudi.
Son président, Ross Cranston, a déploré une "immense tragédie humaine" en rendant publiques les conclusions de cette enquête publique, débutée en mars 2025. "Les traversées en petites embarcations doivent cesser. Au-delà de toute autre raison, il est impératif d'empêcher de nouvelles pertes de vies humaines", a-t-il déclaré.
Quelque 33 personnes, principalement des Kurdes d'Irak, étaient entassés dans un canot pneumatique "totalement inadapté", aux premières heures du 24 novembre 2021, lorsqu'il a commencé à sombrer à la limite des eaux françaises et britanniques.
Il a fallu attendre 12 heures pour qu'un chalutier les repère, malgré plusieurs appels de détresse.
"Beaucoup de vies, voire toutes" auraient pu être sauvées si le patrouilleur Flamant de la marine française, à proximité, avait répondu à un appel de détresse, a estimé le président de cette enquête indépendante, censée examiner le rôle des autorités britanniques, indépendamment d'une procédure judiciaire.
Le rôle du Flamant est au coeur d'une enquête pénale en France. "L'enquête publique (britannique) n'est pas en mesure de déterminer les raisons pour lesquelles le Flamant n'a pas répondu à l'appel de détresse. C'est aux autorités françaises de trancher sur ce point", souligne le rapport.
"Cependant, il y a eu un manque de coopération entre les garde-côtes britanniques et les garde-côtes français concernant la retransmission du message d'alerte", épingle-t-il.
Le rapport, qui ne cherche pas à établir de responsabilité pénale, pointe aussi des "défaillances systémiques" dans la réponse des gardes-côtes britanniques.
L'une d'elle tenait à "la conviction largement répandue" que les passagers des bateaux avaient tendance à "exagérer leur niveau de détresse".
Les gardes-côtes ont également pris "un certain nombre de décisions erronées" lors de l'opération de recherche et sauvetage, interrompue prématurément le 24 novembre.
"Si les recherches s'étaient poursuivies toute la journée, certaines morts auraient pu être évitées", conclut l'enquête.
Le rapport pointe aussi des "pénuries chroniques de personnel" chez les gardes-côtes, "une défaillance majeure et systémique du gouvernement".
En France, le parquet de Paris a requis en novembre un procès pour 14 protagonistes des réseaux de passeurs mis en cause. Sept militaires ont aussi été mis en examen pour non-assistance à personne en danger.
Quelque 41.472 migrants sont arrivés sur les côtes britanniques en 2025, soit le deuxième chiffre le plus élevé depuis le début des relevés en 2018. Au moins 29 personnes sont mortes dans la périlleuse traversée.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.