Page Précédente

Mort de 31 migrants dans la Manche fin 2021: vers un premier procès pour les passeurs présumés


Vendredi 28 novembre 2025 à 15h18

Paris, 28 nov 2025 (AFP) — Vers un premier procès pour le naufrage le plus meurtrier à ce jour dans la Manche ? Le parquet de Paris a requis un procès en correctionnelle pour 14 protagonistes des réseaux de passeurs mis en cause dans la disparition de 31 migrants en novembre 2021.

Selon une source proche du dossier vendredi à l'AFP, le parquet de la Juridiction nationale de lutte contre le crime organisé (Junalco), sise à Paris, a requis le 10 novembre cette audience pour ces quatorze hommes, âgés de 24 à 45 ans et nés pour la plupart en Afghanistan et en Irak.

Ils sont suspectés d'avoir "participé, chacun à leur échelle, à des réseaux d'immigration illégale coopérant entre eux afin de tirer toujours plus de profits d'étrangers en situation irrégulière désireux de passer en Angleterre".

Ils pourraient comparaître pour homicides involontaires, mais aussi blessures involontaires, aide illégale au séjour ou association de malfaiteurs délictuelle.

La décision finale appartient au juge d'instruction.

Pour des raisons procédurales, ce volet a été détaché d'un second, très sensible, concernant au moins sept militaires français: cinq personnels du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Gris-Nez et deux marins du patrouilleur Le Flamant.

Ils sont mis en examen pour non-assistance à personne en danger, et pourraient à terme faire l'objet d'un procès distinct.

- "Filières" -

Côté passeurs présumés, deux "filières" ont été mises au jour, correspondant à "deux réseaux communautaires", afghan et irako-kurde.

Les rôles attribués par le parquet aux 14 mis en cause sont divers: organisateurs de la traversée, chauffeurs, logeurs, etc. La plupart contestent leur responsabilité, certains, côté irako-kurde, s'étant présentés comme de simples migrants .

Douze sont en France: onze sous contrôle judiciaire tandis qu'un, arrêté mi-2024, est toujours détenu.

Trois protagonistes pourraient en revanche échapper à un procès en France, dont les deux principales têtes de chaque réseau: l'Afghan est en fuite, l'Irakien est entre les mains de la justice de son pays.

Durant cette nuit du 23 au 24 novembre 2021, "un +small boat+ de piètre qualité, non homologué, inapte à la navigation en pleine mer, surchargé et dépourvu de gilets de sauvetage adaptés", selon le parquet, a fait naufrage à la limite des eaux françaises et britanniques.

Rapidement, les corps de 17 hommes, sept femmes, deux adolescents et une fillette de sept ans ont été retrouvés. Pour la plupart, issus d'Afghanistan ou de la zone irako-kurde.

Depuis, l'enquête a établi que trois Irakiens et un Egyptien avaient aussi "probablement" disparu dans le naufrage.

Seuls un Somalien et un Irakien ont survécu.

- "Catastrophe inédite" -

Pour le parquet, l'enquête a établi que "cette catastrophe, inédite dans la Manche de par son ampleur, est la conséquence de multiples défaillances matérielles et humaines, engendrées par des individus mus par l'appât du gain".

Les victimes "provenaient du camp de migrants surnommé +la jungle+ de Grande-Synthe" et avaient payé une somme "exorbitante" pour la traversée.

Pour le parquet, cette traversée tragique constituait "une mise en commun de moyens par diverses organisations et était devenue l'aboutissement mortel de périples migratoires tous différents mais dont le point commun demeurait l'exploitation de la précarité des victimes".

"Cette activité était d'autant plus rentable que le matériel fourni était rudimentaire", souligne le ministère public.

Ces réquisitions sont "le premier volet de cette affaire et les qualifications retenues par le ministère public sont cohérentes et pragmatiques. Nous attendons le second volet - le renvoi des militaires devant une juridiction de jugement - avec impatience", a réagi auprès de l'AFP Me Matthieu Chirez, qui défend la grande majorité des familles des victimes.

"Compte tenu de l'ampleur de ce drame, il est très regrettable que les victimes et leurs familles soient privées d'un procès où l'ensemble des acteurs, militaires compris (...), auraient eu à s'expliquer", a déploré de son côté Me Emmanuel Daoud, avocat de la famille d'un Ethiopien ayant péri dans le naufrage.

Un procès global aurait été utile alors que sont évoquées de "nouvelles modalités d'intervention des forces de l'ordre pour empêcher les passages en mer, techniques d'intervention dont la dangerosité interroge", a-t-il jugé.

Apparu en 2018, le phénomène des traversées de la Manche en petites embarcations est à l'origine de nombreux naufrages. Au moins 27 migrants sont morts en 2025, selon un décompte de l'AFP à partir de données officielles.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.