
Mercredi 29 janvier 2014 à 11h15
PARIS, 29 jan 2014 (AFP) — Adem Uzun, un militant kurde mis en examen en 2012 à Paris dans une enquête sur du trafic d'armes, affirme avoir été piégé par les autorités françaises et turques, et crie au "complot politique". La cour d'appel examine jeudi sa demande d'annulation de sa mise en examen.
Adem Uzun avait été interpellé le 6 octobre 2012 dans un bar parisien, à Montparnasse, alors qu'il était en compagnie d'un homme d'affaires kurde également mis en examen, Osman K., et d'un troisième homme, "Antoine", policier infiltré. Il a été mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme, mais a été libéré en août 2013.
Les enquêteurs soupçonnent que ce rendez-vous avait pour objet l'achat d'armes destinées au Kurdistan irakien, ce qu'Uzun conteste.
L'enquête avait été déclenchée sur un renseignement reçu en avril 2012 de Turquie selon lequel cet acteur politique de la cause kurde en Europe, proche du PKK, voulait acquérir des armes, selon une source proche du dossier.
"C'est un grand complot politique" ourdi depuis la Turquie avec le soutien des autorités françaises, affirme dans un entretien à l'AFP Adem Uzun.
Il explique que le rendez-vous de Montparnasse, le seul auquel il ait pris part avec "Antoine", a duré "neuf minutes" jusqu'à l'irruption de la police et qu'il n'a "jamais utilisé une seule fois un mot évoquant un trafic d'armes".
Stratagème de "provocation"
Adem Uzun a été mis en relation avec "Antoine" via Osman K., un avocat et un autre homme.
Cet autre homme comme l'avocat ont été entendus en juillet comme témoins assistés. Contacté, le conseil de l'avocat, Denis Tailly-Eschenlohr, "réfute toute intervention dans un quelconque stratagème pour piéger qui que ce soit" de la part de son client, "un avocat d'affaires qui a mis en relations différents clients suite à une demande qui semblait tout à fait légale".
Lors de plusieurs réunions entre juillet et septembre 2012, différents protagonistes, dont Osman K. et "Antoine", évoquent en termes plus ou moins explicites une "transaction illégale portant sur l'armement", en la présentant comme "couverte par l'Etat", selon la requête en annulation de M. Uzun. "Antoine" y est décrit comme "un policier infiltré présenté comme un marchand d'armes".
L'insistance d'"Antoine" à rencontrer Uzun aurait abouti à la réunion du 6 octobre. Uzun, qui explique être un lobbyiste, assure que dans son esprit, "Antoine" était membre d'un "think tank" qui voulait des conseils avant de se rendre au Kurdistan.
"Ils ont essayé de démontrer que je trafique des armes. Ils n'y sont pas parvenus", analyse-t-il. Dès lors, il aurait été décidé de le piéger. Mis en place "en relation directe avec les services de police", ce stratagème de "provocation à la commission d'une infraction" est déloyal et rend "irrecevables en justice les éléments de preuve ainsi obtenus", selon sa requête.
Adem Uzun, qui explique avoir participé aux discussions d'Oslo entre 2009 et 2011, juge que les concepteurs du piège auraient "voulu envoyer un message: ceux qui négocient la paix côté kurde ne sont pas vraiment des gens de paix".
Libéré après moins d'un an de détention à la Santé, durée inhabituellement courte pour du terrorisme, il insiste sur la largesse de son contrôle judiciaire qui ne lui impose que de demander l'autorisation s'il veut se rendre à l'étranger pour ses activités politiques. Une autorisation qui, assure-t-il, lui a été accordée à chacune de ses trois demandes.
Pour son avocat, Antoine Comte, "cette affaire démontre que certains services de police français prolongent la politique de la police turque en France en arrêtant quelqu'un qui a été un négociateur avec les Turcs".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.