
Mardi 20 janvier 2026 à 10h07
Paris (France), 20 jan 2026 (AFP) — Un procès a été requis à Paris pour complicité de génocide contre Lolita Cacitti, une Française soupçonnée d'avoir facilité la réduction en esclavage d'une enfant yazidie en 2017 en Syrie, a indiqué mardi le Parquet national antiterroriste (Pnat), sollicité par l'AFP.
Ces réquisitions, rendues lundi, circonscrivent notamment le rôle de Lolita Cacitti à celui de complice, alors qu'elle avait été mise en examen en juin 2024 comme autrice de génocide.
C'est la deuxième Française à être menacée d'un procès pour son implication supposée dans le génocide des Yazidis, minorité ethnoreligieuse kurdophone, commis par le groupe Etat islamique.
Avant elle, Sonia Mejri, originaire de Grenoble et ancienne compagne d'un dirigeant de l'Etat islamique, a été renvoyée devant la cour d'assises de Paris spécialement composée en matière terroriste pour un procès prévu au premier semestre 2027. Sonia Mejri sera jugée pour génocide.
Lolita Cacitti avait quitté la France en août 2014, avec ses deux garçons. Elle s'est ensuite mariée à Raqqa en Syrie, avec Lakhdar Sebouai, membre de la filière strasbourgeoise ayant rejoint les rangs du groupe Etat islamique (EI), avec qui elle a eu deux autres enfants.
Comme dans de nombreux dossiers de "revenantes", le Pnat a demandé son renvoi devant la cour d'assises spéciale pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Il lui reproche, entre autres, son départ volontaire, son mariage religieux avec un "combattant notoire de l'Etat islamique", son apprentissage du maniement de la Kalachnikov et de la ceinture explosive, d'après ses réquisitions dont l'AFP a eu connaissance.
Moins classiquement, le Pnat impute à Lolita Cacitti, rentrée en France en août 2021, un rôle dans le génocide et dans les crimes contre l'humanité perpétrés contre les Yazidis. Il l'accuse d'avoir sciemment aidé le projet génocidaire en hébergeant, pendant un mois minimum en 2017, une esclave âgée de huit ans et de l'avoir ensuite remise à son "propriétaire" saoudien et membre de l'EI.
Contacté par l'AFP, l'avocat de Lolita Cacitti, Me Louis Heloun, n'a pas souhaité commenter.
Le Pnat relève aussi la stratégie de l'EI de compromettre la réintégration de l'enfant dans sa communauté: convertie, renommée, elle risquerait une ostracisation. Ces actes de conversion forcée "à grande échelle (...) doivent être considérés comme étant de nature à menacer le groupe religieux yazidi d'éradication biologique totale ou partielle".
En revanche, le Pnat a requis un non-lieu concernant les accusations d'emprisonnement, de privations graves de liberté et d'actes inhumains.
Maintenant que le réquisitoire du Pnat a été rendu, la défense de Lolita Cacitti peut rendre des observations, puis le juge d'instruction tranchera sur la tenue d'un procès ou non.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.