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Massacre en Turquie: Les "Gardiens de village" au centre de la controverse


Mercredi 6 mai 2009 à 07h34

BILGE (Turquie), 6 mai 2009 (AFP) — Le carnage survenu lundi dans un hameau du sud-est de la Turquie, où la plupart des hommes étaient des "Gardiens de village", a relancé le débat sur cette force paramilitaire créée pour lutter contre les rebelles kurdes, dont la dissolution est de longue date réclamée.

Quarante-quatre personnes, dont des femmes et des enfants, ont été brutalement mitraillées par des hommes masqués qui ont fait irruption dans le village de Bilge, dans la province de Mardin, lors d'un mariage, provoquant l'indignation nationale.

Douze personnes ont été arrêtées, certaines en possession de leur armes. Elles feraient partie ou seraient proches de cette milice kurde créée par l'Etat turc pour combattre les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit), ont souligné plusieurs habitants.

Huit inculpations ont été prononcées.

Les motifs du massacre n'ont pas encore été élucidés mais selon les témoignages recueillis sur place par l'AFP, une dispute à propos d'une dette entre les deux familles qui forment ce hameau de 300 âmes serait à l'origine du drame.

Environ 60.000 civils kurdes sont armés et payés chaque année à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars par le gouvernement depuis 1985 pour aider les forces de sécurité à combattre le PKK en lutte contre le régime turc depuis 1984, au prix de quelque 45.000 morts.

L'abandon du système des "Gardiens de village", une force quasi-intouchable au prétexte qu'elle protège l'Etat turc contre le "terrorisme" du PKK, a été réclamé à plusieurs reprises par les organisation de défense des droits de l'Homme en Turquie et à l'étranger.

Selon des statistiques officielles, des centaines de ces supplétifs de l'armée ont été impliqués dans des affaires de drogue et autres crimes.

"Est-ce que les armes utilisées (lors du massacre) appartiennent à l'Etat ?" s'est interrogée Emine Ayna, députée du parti pour une société démocratique (DTP, pro-kurde), devant la presse à Ankara.

"Cette force doit immédiatement être démantelée", a dit Mme Ayna, dont le parti est menacé d'interdiction par la justice turque pour collusion avec le PKK, une organisation classée comme terroriste par Ankara, l'UE et les Etats-Unis.

La milice, qui connaît très bien la zone montagneuse kurde et a participé à de nombreuses opérations militaires contre le PKK, a une réputation controversée, entachée par des affaires de drogue, de viols, d'enlèvements et de meurtres.

Pour les organisation de défense des droits de l'Homme, les miliciens sont pour la plupart des seigneurs de la guerre qui servent leurs intérêts.

"Il y a eu beaucoup de problèmes avec eux ici à Mardin, mais généralement les enquêtes ont été étouffées par les autorités", souligne un jeune habitant de Mardin qui refuse de donner son nom, de peur de "représailles".

Quelque 5.000 miliciens ont été impliqués dans des crimes ou des délits mais seulement 900 ont été poursuivis, selon des chiffres officiels.

Dans une lettre au gouvernement turc, l'ONG américaine Human Rights Watch (HRW) a appelé à la dissolution de la milice.

"Ce système ne doit plus exister", déclare à l'AFP Sevket Söke, député du parti d'opposition CHP, exhortant le gouvernement islamo-conservateur au pouvoir à Ankara à "crever l'abcès" une fois pour toutes.

"Ces gens entretiennent des traditions archaïques, c'est une véritable plaie pour la Turquie", a-t-il ajouté.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.