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Manifestations en Iran: vers une répression encore plus sanglante (analystes)


Vendredi 18 novembre 2022 à 16h15

Nicosie, 18 nov 2022 (AFP) — L'Iran a accusé ses ennemis étrangers de planifier une "guerre civile" dans le pays à travers les manifestations liées à la mort de Mahsa Amini, ce qui laisse présager une répression encore plus sanglante, estiment des analystes.

Ces craintes se sont accrues après que des assaillants armés à moto ont tué neuf personnes dans deux attaques mystérieuses survenues mercredi en Iran. Les autorités se sont empressées d'accuser des "terroristes" soutenus par leurs ennemis occidentaux d'être responsables de ces attaques à Izeh et Ispahan (sud), qui ont également fait deux morts et sept blessés parmi les forces de sécurité.

C'est la deuxième fois que les autorités iraniennes imputent des attaques à des "terroristes" depuis le début des manifestations il y a plus de deux mois, après la mort d'au moins 13 personnes dans un sanctuaire chiite à Chiraz (sud) le 26 octobre.

Quels qu'en soient les auteurs, ces attaques pourraient donner lieu à une réponse encore plus sanglante aux manifestations qui ont éclaté dans le pays après la mort de Mahsa Amini le 16 septembre, estiment des analystes.

Cette Kurde de 22 ans avait été arrêtée trois jours auparavant pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique prévoyant notamment le port du voile pour les femmes.

"Nous ne savons pas très bien ce qui s'est passé à Izeh et Ispahan, s'agissait-il d'un groupe terroriste ou potentiellement du régime lui-même?", s'interroge Henry Rome, expert de l'Iran au Washington Institute.

"Quoi qu'il en soit, le gouvernement va probablement utiliser les attaques pour faire passer le message que les manifestations affaiblissent la sécurité nationale et ouvrent la porte au terrorisme soutenu par l'Occident", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Le gouvernement tente d'exploiter les craintes selon lesquelles l'Iran peut être sur la voie de la guerre civile et qu'une réponse plus forte est nécessaire", a-t-il ajouté.

Au lendemain du double attentat de mercredi, le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abollahian, a accusé Israël et ses alliés occidentaux de "planifier" une "guerre civile" accompagnée de "la destruction et la désintégration l'Iran".

- "Colère et rage" -

Au moins 342 personnes parmi lesquelles 43 enfants et 26 femmes ont été tuées en Iran au cours de la répression des manifestations depuis la mort d'Amini, selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège.

La répression exercée par le régime après l'attaque d'Izeh "s'inscrit dans une tendance plus générale à l'accroissement de la brutalité policière dans les provinces historiquement difficiles, en particulier celles qui comptent une importante population de minorités ethniques marginalisées", explique Kita Fitzpatrick, analyste spécialiste de l'Iran à l'American Enterprise Institute.

"Des groupes comme l'Etat islamique (...) pourraient très bien tenter de tirer parti des manifestations pour mener des attaques à l'intérieur des frontières iraniennes", a-t-elle déclaré à l'AFP.

"Quoi qu'il en soit, le régime va probablement chercher à exploiter ces attaques et à les mettre à profit pour justifier la répression des troubles en cours", a-t-elle ajouté.

Mais en adoptant une réponse encore plus sanglante, le régime risque de radicaliser un mouvement de contestation mené jusqu'ici par des femmes et resté largement pacifique.

Cette semaine, davantage de manifestants se sont heurtés aux forces de sécurité et ont brûlé des véhicules de police, selon un nombre croissant de vidéos publiées sur les réseaux sociaux.

"Dans tous les endroits où nous observons des violences, ce sont les forces de sécurité qui les déclenchent. Mais de plus en plus, les gens réagissent à la violence et tentent de se défendre", a déclaré à l'AFP Omid Memarian, analyste à la Democracy for the Arab World Now (DAWN).

"La stratégie du gouvernement est de créer un environnement de peur et de terreur pour que les gens rentrent chez eux", a-t-il ajouté.

"Il a recours à la violence dans les rues et à des peines sévères dans les tribunaux pour mettre fin aux manifestations", observe M. Memarian, mais cette approche a "intensifié la colère et la rage" du peuple.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.