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Les proches des enfants rapatriés de Syrie espèrent les voir "récupérer les années perdues"


Mardi 11 juin 2019 à 20h02

Montpellier, 11 juin 2019 (AFP) — "Je suis trop content": les proches de deux enfants de rapatriés de Syrie lundi sur le sol français se réjouissent mardi à Montpellier à l'idée de les voir "récupérer les années perdues, à l'école, avec une vie normale".

"C'est une grande joie pour nous, nous tenons à remercier l'Etat français": dans le bureau de l'avocate montpelliéraine Sophie Mazas, Karim*, 37 ans, se félicite au cours d'une conférence de presse du retour en France de ses neveux, Leïla*, une fillette de 10 ans née en France d'une première union de sa mère, et de Hicham*, petit garçon de 3 ans, deux des 12 enfants rapatriés lundi.

Contrairement aux 10 autres enfants arrivés en France, Leïla et Hicham n'étaient pas orphelins: leur mère, la soeur de Karim, a donné l'autorisation pour leur rapatriement, dans une situation "imprécise au niveau juridique, vu que les enfants se trouvaient dans une zone de non-droit", dans un camp au nord de la Syrie, a précisé Me Mazas, par ailleurs présidente de la Ligue des Droits de l'Homme dans l'Hérault.

Les enfants "vivent depuis deux ans sous des tentes, avec des maladies, des températures extrêmes", assure Karim. L'avocate, elle, montre des photos des deux enfants portant, selon elle, des traces de caillassage sur leur visage. Sur l'une des ces photos, Leïla est coiffée d'un voile, "pour éviter d'être à nouveau caillassée dans le camp", assure Me Mazas. Sur une autre, la fillette sourit, "mais son regard est vide, n'exprime plus rien", commente l'avocate.

- "Papa, il faut que je rentre" -

Hicham est né en Syrie mais Leïla, elle, va pouvoir revoir son père, Adam*, resté en France et séparé de la mère au moment du départ de cette dernière en Syrie. "Je suis trop content, enfin ma fille est en France!", confie-t-il à l'AFP mardi soir. "Elle va récupérer les années perdues, à l'école, avec une vie normale, comme avant. J'espère la revoir le plus vite possible... Je vois les enfants des autres, ce n'est pas facile depuis quatre ans. J'avais peur qu'elle ne revienne pas ", se souvient-il, les yeux embués.

En montrant des dessins que Leïla lui envoyait par l'application Whatsapp, il fait écouter plusieurs messages audio. "Papa, il faut que je rentre", peut-on entendre à plusieurs reprises. "Je t'aime. Vous me manquez beaucoup. Là, je fais des dessins sur des tissus, avec des fleurs, des étoiles et un soleil, et après je couds par-dessus et ça devient joli", décrit la fillette dans un message envoyé juste avant son retour.

"Les Kurdes ont maintenu autant que possible des activités dans les camps pour les enfants", décrypte Sophie Mazas. Adam a été informé par l'avocate, lundi matin, du retour de sa fille en France. "J'ai pleuré. Je remercie l'Etat français de penser aux enfants", dit-il simplement.

Quand Leïla a été emmenée en Syrie, elle était âgée de six ans, "et venait de passer le week-end avec moi. Les parents de mon ex-femme m'ont prévenu de son départ quelques jours après. Je n'étais pas d'accord pour que ma fille aille chez des assassins! J'ai porté plainte pour enlèvement d'enfant, j'ai relancé, en vain", affirme-t-il.

Adam, qui a refait sa vie dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, ne souhaite pas, aujourd'hui, demander la garde exclusive de sa fille. "Leïla a bien sûr sa chambre chez moi, avec des affaires que j'ai conservées d'elle, et elle viendra souvent. Mais au quotidien, elle doit retourner chez ses grands-parents et son oncle, dans le Lunellois (Hérault). C'est là qu'elle a son école, ses amies, ses repères. Je ne veux pas la déstabiliser".

* Les prénoms ont été modifiés

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.