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Les Kurdes vont-ils profiter de la guerre pour braver l'Iran?


Jeudi 5 mars 2026 à 21h21

Bagdad, 5 mars 2026 (AFP) — Alors que l'Iran est au coeur d'une guerre lancée par Israël et les Etats-Unis qui embrase le Moyen-Orient, les Kurdes iraniens, dont beaucoup vivent en exil dans les montagnes du nord de l'Irak, y voient une occasion rare de parvenir à l'autodétermination.

Washington a par le passé abandonné les Kurdes dans la région, mais ceux-ci pourraient vouloir s'allier avec les Américains et profiter d'un affaiblissement du pouvoir iranien.

Jeudi, le président américain Donald Trump a déclaré à l'agence Reuters être "tout à fait favorable" à une offensive des combattants kurdes iraniens en Iran, tout en refusant d'indiquer si Washington leur fournirait une couverture aérienne.

- Que se passe-t-il dans le nord de l'Irak?

Ces derniers jours, les forces iraniennes ont frappé des sites appartenant à des groupes kurdes iraniens dans le nord de l'Irak.

Ces organisations armées en exil ont formé une alliance visant à renverser le pouvoir iranien et, à terme, à parvenir à l'autodétermination kurde.

La région autonome du Kurdistan irakien est une base arrière de plusieurs de ces groupes rebelles, qui ont par le passé déjà été la cible de frappes transfrontalières de l'Iran, qui les accuse de servir les intérêts occidentaux ou israéliens.

Des responsables iraniens ont averti Bagdad que des centaines de combattants pourraient tenter de s'infiltrer en Iran, a rapporté à l'AFP un responsable sécuritaire irakien.

Ils ne l'ont pas encore fait, ont assuré plusieurs sources issues de ces groupes à l'AFP, mais ce scénario est loin d'être improbable.

Si les frappes israélo-américaines sur l'Iran continuent, "les forces du régime (iranien) s'affaibliront" et les conditions deviendront propices à un "soulèvement populaire", affirme à l'AFP Kalel Kani Sanani, porte-parole du Parti pour la liberté du Kurdistan (PAK).

"Les groupes armés pourront alors affronter ce qui restera des forces du régime iranien", poursuit-il, précisant que les préparatifs étaient finalisés.

- Que veulent les Kurdes?

Les Kurdes, minorité ethnique dotée d'une culture et d'une langue propres, sont implantés dans une région montagneuse à cheval sur l'Iran, l'Irak, la Turquie et la Syrie.

Ils se battent de longue date pour avoir de leur propre patrie, mais ont subi des défaites pendant des décennies.

En Iran, ils constituent l'un des plus importants groupes minoritaires non persans.

En Irak, le Kurdistan est autonome depuis 1991, et bénéficie traditionnellement du soutien des Occidentaux.

"Les Kurdes iraniens veulent suivre la voie" irakienne, explique Adel Bakawan, directeur de l'Institut européen des études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord (EISMENA).

Pour atteindre cet objectif, ils semblent prêts à recevoir l'aide des Etats-Unis.

"Ils sont pragmatiques. Ils savent très bien que l'avenir de l'Iran ne se joue pas à Téhéran, mais à Washington et à Tel-Aviv", souligne M. Bakawan.

"Nous pensons que cette guerre va créer une opportunité pour le peuple du Kurdistan de vivre librement", dit M. Sanani. Si les Etats-Unis "nous aident à renverser ou à affaiblir le régime au Kurdistan iranien et à nous protéger comme ils l'ont fait au Kurdistan irakien en 1991, nous accepterons" leur aide.

- Pourquoi faire confiance aux Etats-Unis?

La guerre semble ouvrir "un nouveau chapitre d'une longue histoire au cours de laquelle les Etats-Unis cherchent à soutenir des groupes kurdes dans divers combats", relève Renad Mansour, du groupe de réflexion Chatham House.

En janvier, les Etats-Unis -- qui ont longtemps soutenu les Kurdes de Syrie -- avaient déclaré que leur mission commune de lutte contre les jihadistes était terminée, puis ont permis aux forces gouvernementales de mener une offensive contre eux.

Mais les Kurdes d'Iran voient dans une alliance avec les Etats-Unis "une opportunité historique", selon M. Mansour.

Ils pourraient en subir plus tard les conséquences, mais pour l'heure, ce devrait être "un nouveau mariage d'intérêts", anticipe l'analyste.

- Quid de l'Irak, de la Syrie, de la Turquie?

Bagdad a affirmé sa détermination à respecter l'accord de sécurité avec son allié iranien pour protéger leur frontière commune.

Les autorités kurdes ont de leur côté nié toute implication dans des projets visant à armer ou à envoyer des forces de l'opposition en Iran.

L'enjeu est de taille pour le Kurdistan irakien, déjà confronté à des attaques de drones et de missiles visant les bases américaines dans sa zone.

La Turquie, qui affronte depuis des décennies sa propre insurrection kurde, a mis en garde contre des activités qui affecteraient "la paix et la stabilité de l'ensemble de la région".

M. Mansour estime que la Syrie, malgré ses relations tendues avec les Kurdes, accueillerait de son côté favorablement tout effort visant à faire tomber la République islamique, qu'elle voit comme un ennemi.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.