
Lundi 19 janvier 2026 à 21h59
Istanbul, 19 jan 2026 (AFP) — Les Kurdes de Turquie espèrent la poursuite du processus de paix initié par les autorités avec la guérilla du PKK après l'offensive de Damas contre les combattants kurdes en Syrie, ouvertement soutenue par Ankara.
Proche allié de la nouvelle direction syrienne qui a renversé en décembre 2024 Bachar al-Assad, le gouvernement turc est simultanément engagé dans une tentative de règlement avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), dont le chef historique et fondateur, Abdullah Öcalan, est incarcéré depuis 1999.
Initié en octobre 2024 par l'allié nationaliste du président Recep Tayyip Erdogan, ce processus vise à mettre fin à plus de quatre décennies d'affrontements qui ont fait 50.000 morts.
Le chef de l'Etat a salué lundi l'offensive "méticuleuse de Damas contre les combattants kurdes en Syrie".
"En tant que pays frère et ami du peuple syrien, nous ne permettrons aucune tentative de sabotage" a-t-il insisté.
L'armée syrienne s'est déployée lundi dans les zones dont les forces kurdes se sont retirées dans le nord et l'est de la Syrie, en vertu d'un accord de cessez-le-feu qui porte un coup aux espoirs d'autonomie des Kurdes.
Malgré le froid et la neige, quelque 600 personnes se sont rassemblées lundi à Diyabarkir (sud-est), principale ville à majorité kurde du pays, pour protester contre l'offensive de Damas, avant d'être dispersés sans ménagement par la police.
Une vingtaine de personnes ont été interpellées, a-t-il ajouté.
A Istanbul, un journaliste français, Raphaël Boukandoura, travaillant notamment pour l'hebdomadaire Courrier International et le quotidien Ouest France, a été interpellé et placé en garde à vue lors d'une manifestation du parti prokurde DEM, troisième force au Parlement turc, ont indiqué le parti et l'organisation Reporters sans Frontières, qui a demandé "la libération immédiate" du journaliste.
- "acteur influent" -
"La Turquie attache une grande importance à l'intégrité territoriale, à l'unité, (...) à la stabilité et à la sécurité de la Syrie", avec laquelle elle partage 900 km de frontière et une importante minorité kurde (environ 20% de la population turque), avait souligné dimanche M. Erdogan.
"La Turquie est un acteur majeur sur le terrain et un acteur influent à la table des négociations", a confirmé le directeur de la communication présidentielle, Burhanettin Duran, sur X.
L'accord, coup dur pour les Kurdes qui ambitionnaient de préserver leur administration autonome, est intervenu au terme de violents combats qui ont repoussé les Forces démocratiques syriennes (FDS) hors d'Alep et surtout de leur fief de Raqa qu'elles contrôlaient depuis une décennie.
Samedi, Abdullah Öcalan avait dénoncé une "tentative de sabotage" des négociations en cours en Turquie.
La direction du DEM a accusé de son côté la Turquie d'"hypocrisie pure": "On ne peut pas traiter ceux que l'on qualifie de +citoyens+ de ce côté de la frontière comme des +ennemis+ de l'autre", a-t-il insisté. "On ne peut pas être constructif à Ankara et destructeur en Syrie."
- "Pas d'autre choix" -
Sollicité par l'AFP, le coprésident du parti à Diyarbakir, Abbas Sahin, a dénoncé lundi "une menace sur le processus, mis à rude épreuve" mais estimé malgré tout qu'il "doit se poursuivre": "On voit, à la lumière des développements dans les pays voisins, ce à quoi l'on peut être confronté en l'absence de transition démocratique".
"La force des FDS était exagérée et le territoire qu'elles contrôlaient ne reflétait pas la réalité kurde", a jugé Bayram Bozyel, président du Parti socialiste du Kurdistan (PSK).
"Nous ignorons quelle sera l'attitude dans le camp du PKK, car la politique suivie par (Ankara) a engendré un profond sentiment de défiance chez les Kurdes. Malgré tout, la Turquie conduira le processus et poursuivra les efforts de désarmement du PKK", veut-il croire.
Le gouvernement n'a pas d'autre choix, estime M. Bozyel, "sinon le PKK constituera une menace encore plus grande pour la Turquie".
Les combattants du PKK repliés dans les montagnes du nord de l'Irak avaient symboliquement entamé leur désarmement en juillet après avoir annoncé leur dissolution en mai, à l'appel de leur chef.
Mais ils ont dénoncé en novembre la paralysie du processus et prévenu qu'ils n'iraient pas plus loin pour le moment: "Nous avons fait ce qu'on nous a demandé. C'est au tour de l'Etat turc" d'agir, a déclaré à l'AFP le commandant Amed Malazgirt, exigeant la libération immédiate de M. Öcalan.
ach-mb/rba/sba
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.