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Les Kurdes d'Irak accusent les militaires turcs d'entraver les négociations


Mardi 30 octobre 2007 à 08h15

ERBIL (Irak), 30 oct 2007 (AFP) — Les Kurdes d'Irak accusent les militaires turcs d'avoir fait échouer par leur "intransigeance" les négociations sur la sécurité à la frontière irako-turque que des rebelles kurdes du nord de l'Irak traversent pour lancer des raids meurtriers en Turquie.

Une première rencontre a eu lieu la semaine dernière à Ankara, où s'est rendue une délégation irakienne, sans que des progrès soient annoncés pour une solution à la présence au Kurdistan irakien de rebelles du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK).

"L'échec de la réunion d'Ankara est due à l'attitude intransigeante des généraux turcs qui estiment que s'ils rencontrent des représentants du Kurdistan, ils perdront la face", a assuré lundi à l'AFP Kamel Chaker, numéro un du Parti Communiste kurde d'Irak.

Ces pourparlers doivent se poursuivre notamment dans le cadre d'une réunion régionale des voisins de l'Irak à Istanbul, à la fin de la semaine, où la question des bases du PKK en Irak sera évoquée.

A Ankara, les militaires turcs ont refusé de recevoir les deux membres kurdes de la délégation irakienne: Sifin Dezaie, directeur des relations extérieures du Parti démocratique Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani, et Imad Ahmed, ministre du Travail et de la Reconstruction, et membre de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani.

"Les militaires sont inflexibles dans leur état d'esprit et dans leurs vues, a poursuivi Kamel Chaker. Ils ne veulent pas rencontrer des représentants du Kurdistan, ni dialoguer avec le président (du Kurdistan irakien) Massoud Barzani, ils ne veulent pas entendre parler du Kurdistan".

L'autre pierre d'achoppement a été, selon lui, la question du déploiement de peshmergas, les militaires du gouvernement autonome kurde d'Irak, aux frontières entre l'Irak et la Turquie.

Pour Azad Aslam, commentateur politique de l'hebdomadaire anglophone d'Erbil Kurdish Globe, "les Irakiens ont également proposé que des forces américaines et irakiennes contrôlent les frontières entre l'Irak et la Turquie, mais les Turcs ont refusé cette proposition".

Selon lui, "les demandes turques étaient de fermer les bases du PKK au Kurdistan, d'arrêter et de livrer les leaders du PKK. Ces demandes ont fait échouer les négociations, car pourquoi des Irakiens demanderaient à des Kurdes du Kurdistan d'attaquer d'autres Kurdes?"

"Les militaires ne veulent pas d'un dialogue politique, estime encore le journaliste kurde, ils souhaitent au contraire plus de tension pour assoir leur pouvoir en utilisant le prétexte du PKK".

Une délégation du Kurdistan irakien devait se rendre en Turquie pour rencontrer les responsables de l'AKP, le parti au pouvoir en Turquie, mais cette visite a été annulée, a encore indiqué Kamel Chaker, qui représente le PC au sein de cette délégation.

"Notre volonté est de rencontrer les dirigeants de l'AKP et non pas le gouvernement turc ni les militaires, mais à l'heure actuelle la situation pour un tel entretien n'est pas envisageable en raison de la tension et de la dureté de l'attitude" d'Ankara, selon ce dirigeant politique.

"Les dirigeants turcs doivent résoudre la question du PKK et s'interroger pour savoir pourquoi existe ce parti. Et même s'ils arrivent a éliminer le PKK, il en renaîtra un autre", conclut-il.

Dans le même temps, le gouvernement du Kurdistan iakien a maintenu une attitude de conciliation et le premier ministre Nechirvan Barzani a rappelé lundi à Erbil que la région autonome ne soutenait pas le PKK.

"Nous ne laisserons pas le territoire irakien servir de base pour lancer des attaques contre la Turquie ou aucun autre pays. Nous considérons les dernières attaques contre la Turquie comme des agissements illégaux", a-t-il proclamé.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.