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Les jihadistes renforcent leur emprise dans la ville syrienne de Kobané


Samedi 11 octobre 2014 à 10h15

Suruc (Turquie), 11 oct 2014 (AFP) — Le groupe ultraradical Etat islamique (EI) renforçait samedi son emprise sur une grande partie de Kobané défendue désespérément par des forces kurdes moins bien armées, l'ONU disant craindre un "massacre" en cas de chute de la ville syrienne aux mains des jihadistes.

Les avions de la coalition dirigée par les Etats-Unis ont mené deux nouvelles frappes avant l'aube sur les positions jihadistes dans l'est et le sud de cette ville kurde clé, située à la frontière turque, et dont 40% sont désormais aux mains de l'EI, selon une ONG syrienne.

Alors que la campagne aérienne contre l'EI est entrée dans son troisième mois en Irak et dans sa troisième semaine en Syrie, sans parvenir à entamer la capacité du groupe à sévir, les chefs militaires de 21 pays de la coalition doivent se réunir mardi à Washington pour évaluer leur stratégie.

Dans Kobané, devenue le symbole de la résistance à l'EI, les combats se poursuivaient par intermittence au lendemain de la prise par les jihadistes du QG des forces kurdes dans le nord de la cité d'une superficie de 6 à 7 km2, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les jihadistes tentaient d'avancer vers la périphérie nord de la ville, à un km environ de la frontière turque, avec l'objectif de prendre le poste-frontière et s'assurer ainsi la maîtrise sans discontinuité d'une longue bande de territoire à la frontière syro-turque.

Ils essayent en outre de progresser à partir de secteurs conquis dans l'est, le sud et l'ouest de la ville, vers le centre de Kobané, mais les forces kurdes parviennent encore à repousser leurs assauts.

- Besoin de munitions -

Selon Mustafa Ebdi, un militant kurde qui effectue des allers-retours entre la Turquie et Kobané, les forces kurdes, de plus en plus désespérées, voient leurs munitions diminuer et réclament plus de frappes.

Depuis le début le 16 septembre de l'offensive jihadiste, environ 500 combattants ont péri selon l'OSDH, et quelque 70 villages sont tombés aux mains de l'EI. En outre 300.000 habitants ont pris la fuite, dont plus de 200.000 en Turquie.

Profitant de la guerre civile qui ravage la Syrie depuis plus de trois ans, l'EI, fort de dizaines de milliers d'hommes dont des Occidentaux, a réussi à s'emparer de larges pans de territoires dans le nord et l'est du pays. Il contrôle en outre de grandes zones dans l'Irak voisin.

Connu pour son extrême brutalité, ce groupe sévit dans les régions sous son contrôle en commettant viols, exécutions, décapitations, rapts et persécutions.

L'émissaire spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan De Mistura, a ainsi dit craindre un "massacre" à Kobané.

Jusqu'à 700 civils se trouvent encore dans le centre-ville, dont une majorité de personnes âgées, et entre 10.000 à 13.000 sont rassemblés tout près de la frontière, a-t-il dit. Si la ville tombe, ces civils seront "très probablement massacrés".

Il a en outre appelé la Turquie à "autoriser le flot de volontaires" qui avaient trouvé refuge en Turquie à retourner défendre leur ville, alors que le chef du principal parti politique kurde de Syrie, Saleh Muslim, l'a pressée de laisser passer des armes.

Mais Ankara a estimé que renvoyer des civils vers la guerre serait "un crime".

- Crainte d'attentats dans le monde -

La Turquie fait également l'objet de pressions américaines pour qu'elle s'implique dans la lutte antijihadistes. "La Turquie est d'accord pour soutenir les efforts d'entraînement et d'équipement pour l'opposition syrienne modérée" qui combat le régime de Bachar el-Assad et l'EI, selon Washington.

Ankara conditionne sa participation à ce combat à la création d'une zone tampon -visant à protéger les secteurs tenus par la rébellion modérée et les déplacés par le conflit. Mais cette proposition n'est pas à l'ordre du jour, selon Washington et l'Otan.

Que ce soit en Syrie ou en Irak, ce qui fait la force de l'EI est avant tout la faiblesse de ses opposants.

Excluant des troupes au sol, les Etats-Unis ont préconisé dans leur guerre contre l'EI de renforcer, en entraînement et en équipements, les troupes irakiennes et la rébellion syrienne modérée.

Selon des responsables américains, les forces pro-gouvernementales se trouvent dans une position "fragile" dans la province occidentale irakienne d'Al-Ankar, où l'EI contrôle de larges secteurs. Grâce au soutien aérien américain, ces forces "conservent de l'avance mais c'est difficile et éprouvant", a assuré l'un d'eux. "Ce n'est pas une bonne situation", a dit un autre.

Selon les experts, au lieu de décimer l'EI, les frappes semblent au contraire galvaniser les jihadistes qui engrangent les ralliements d'autres groupes extrémistes comme symboles de la "résistance à l'Amérique".

Dans ce contexte, les Etats-Unis ont dit redouter des attentats perpétrés dans le monde contre des intérêts occidentaux, en représailles à la lutte antijihadistes.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.