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Les groupes irakiens pro-iraniens et leur "guerre d'usure" contre Washington


Mercredi 18 mars 2026 à 19h04

Bagdad, 18 mars 2026 (AFP) — Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, des groupes armés irakiens pro-iraniens lancent des attaques contre la présence américaine, ciblant des bases hébergeant des militaires, les représentations diplomatiques ou des sites pétroliers.

Ces factions, classées "groupes terroristes" par Washington, ont dès leurs premières attaques de drones ou de roquettes averti que le conflit au Moyen-Orient se transformerait en une guerre d'usure.

- Les factions de la "Résistance" -

"L'axe de résistance fabrique des drones et des roquettes comme des kleichas à la maison", a récemment plaisanté dans un communiqué le mouvement Al-Noujaba, en référence aux biscuits fourrés irakiens traditionnels.

Ce groupe fait partie de "la Résistance islamique en Irak", nébuleuse de factions pro-Iran qui revendique quotidiennement des "dizaines" d'attaques de drones et roquettes contre "l'ennemi", en Irak et au Moyen-Orient.

Ces mouvements sont alliés à Téhéran au sein de ce que l'Iran a baptisé "axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et des rebelles Houthis du Yémen. Leurs ennemis? Israël et les Etats-Unis.

Ces groupes défendent la République islamique, depuis l'offensive lancée contre elle le 28 février par Washington et Israël.

Parmi eux, les puissantes Brigades du Hezbollah - Kataeb Hezbollah en arabe - sont depuis longtemps à l'avant-garde des attaques contre les intérêts américains en Irak. Elles disposent également d'une vitrine politique, avec un bloc parlementaire de six députés.

Les Brigades Sayyed al-Chouhada sont dirigées par Abou Alaa al-Walaï, qui siège au Cadre de coordination, l'influente coalition chiite détenant la majorité au Parlement irakien.

Le mouvement al-Noujaba est le seul à ne pas s'être investi en politique.

D'autres factions sont restées en dehors de la guerre, comme Assaïb Ahl al-Haq, qui a recentré son action sur la politique et dispose désormais d'un important bloc parlementaire de 27 sièges.

- Guerre d'usure -

Les groupes de la "Résistance" ciblent l'ambassade américaine à Bagdad, ainsi qu'un centre diplomatique et logistique américain qui accueille des militaires à l'aéroport international de la capitale, mais aussi des champs pétroliers opérés par des entreprises étrangères.

La région autonome du Kurdistan, dont la capitale Erbil abrite un consulat américain et les conseillers militaires de la coalition internationale antijihadiste emmenée par Washington, essuie également le feu de ces factions.

Elles disent aussi attaquer des cibles ailleurs au Moyen-Orient, mais sans nommer de pays. Le Koweït a convoqué l'ambassadeur irakien pour des attaques sur son territoire.

Elles sont intervenues dans le conflit car "il s'agit d'une bataille existentielle pour le régime iranien", estime Lahib Higel, de l'International Crisis Group.

"Dans l'axe de l'Iran, ils représentent la dernière ligne de défense", et "l'assassinat du guide suprême Ali Khameini a indiqué que leur propre survie était menacée", poursuit-elle.

"Pour eux il s'agit clairement d'une guerre d'usure, visant à chasser les Etats-Unis d'Irak", souligne-t-elle.

Selon des observateurs, ces groupes restent toutefois moins équipés que le Hezbollah ou les Houthis, même si, selon Mme Higel, ils disposent outre de drones et roquettes, de "missiles balistiques de courte portée" déjà utilisés par le passé.

- Courroux américain -

Des années durant, les Etats-Unis ont mené des frappes contre les combattants irakiens pro-iraniens, tuant plusieurs de leurs commandants.

Avec le conflit actuel, des bombardements qui ne sont pas revendiqués, mais imputés par ces factions à Washington et à Israël, les visent quotidiennement.

Ils ciblent aussi des positions du Hachd al-Chaabi, alliance d'anciens paramilitaires intégrée aux forces régulières de l'Etat, mais qui inclut des groupes pro-iraniens.

Au moins 46 combattants ont été tués dans ces bombardements, depuis le début de la guerre, selon un décompte de l'AFP.

Samedi, un tir de missile a visé une maison dans un quartier résidentiel de Bagdad, tuant trois membres des Brigades du Hezbollah, dont un commandant.

Blessé dans cette attaque, le chef du groupe, Abou Hussein al-Hamidawi, a été brièvement hospitalisé, d'après une source du mouvement.

"Le chapitre des assassinats" semble s'être ouvert, a dit à l'AFP un haut responsable de sécurité irakien.

Durant la première présidence de Donald Trump, le général iranien Qassem Souleimani, chargé des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution, avait été assassiné en 2020 à Bagdad par un drone américain.

La frappe avait aussi tué Abou Mehdi al-Mouhandis, numéro deux du Hachd, issu des Brigades du Hezbollah.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.