
Mardi 27 janvier 2015 à 16h51
Suruc (Turquie), 27 jan 2015 (AFP) — Les forces kurdes ont poursuivi mardi leurs opérations de nettoyage autour de la ville syrienne de Kobané, libérée la veille du groupe Etat islamique, alors que les réfugiés attendaient à la frontière le feu vert de la Turquie pour rentrer chez eux.
Après plus de quatre mois de combats acharnés, les milices kurdes syriennes ont proclamé leur victoire dans la bataille de Kobané, devenu le symbole de la résistance contre le mouvement jihadiste. L'EI a subi là son plus important revers depuis son émergence dans la guerre civile syrienne en 2013.
L'EI a riposté mardi sur un autre front en menaçant dans une vidéo d'exécuter dans les vingt-quatre heures un otage japonais et un pilote jordanien qu'il détient.
Sur le terrain, les forces kurdes ont étendu leur offensive mardi dans plusieurs dizaines de hameaux encore aux mains des jihadistes dans les environs de Kobané (Aïn al-Arab en arabe).
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), des combats se sont ainsi déroulés au sud-est et au sud-ouest de la ville, permettant aux forces kurdes de reprendre un village aux combattants du groupe EI.
Un militant kurde de Kobané, Mustefa Ebdi, a précisé que les avions de la coalition internationale, dont les frappes ont permis de faire pencher la balance en faveur des forces kurdes moins bien armées que l'EI, avaient mené de nouveaux raids autour de la ville.
"Les victoires contre les mercenaires de l'EI vont se poursuivre", a lancé dès lundi soir l'état-major des Unités de protection du peuple kurde (YPG), la milice du principal parti kurde de Syrie à la pointe du combat depuis la mi-septembre.
- Ville en ruines -
"La tâche qui nous incombe n'est pas encore terminée car il nous reste la bataille de libération du reste du canton de Kobané", a ajouté le commandement kurde.
Au lendemain de nombreuses manifestations de liesse ayant salué la victoire kurde en Syrie comme en Turquie, des milliers de Kurdes se sont à nouveau rassemblés mardi côté turc près de la ville frontalière de Suruç, face à Kobané.
Les forces de sécurité turques ont usé de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour repousser des manifestants qui s'approchaient des barbelés séparant les deux pays.
Selon un photographe de l'AFP, la frontière était toujours officiellement fermée dans l'après-midi par les autorités turques. Seuls de petits groupes ont réussi à passer vers la Syrie.
"Les gens sont heureux, le moral est au plus haut", a affirmé Idriss Nassane, un élu du canton de Kobané, qui se trouvait mardi à l'intérieur de sa ville.
M. Nassane a toutefois appelé les habitants à patienter avant de rentrer. "Au moins 50% de la ville sont en ruines", a-t-il souligné, "il n'y a pas les infrastructures de bases, ni nourriture, ni médicaments, ni électricité, ni eau".
Depuis le début de l'offensive jihadiste en septembre, près de 200.000 civils kurdes ont fui la région de Kobané pour se réfugier côté turc.
- Craintes turques -
La défaite des jihadistes à Kobané a réveillé les craintes du gouvernement islamo-conservateur turc de voir se constituer à sa frontière sud une entité autonome kurde, similaire à celle déjà constituée dans l'Irak voisin.
"Une Syrie du nord après l'Irak du nord, nous ne pouvons l'accepter", a déclaré le président Recep Tayyip Erdogan lors d'une conversation à bâtons rompus avec des journalistes rapportée par le quotidien Hürriyet. "Une telle entité serait source de gros ennuis à l'avenir", a-t-il souligné.
La Turquie a jusque-là catégoriquement refusé de participer à la coalition militaire internationale menée par les Etats-Unis contre les jihadistes en Irak et Syrie, soucieuse de ne pas renforcer le camp des Kurdes de Syrie.
Le chef de l'Etat turc avait qualifié de "terroriste" le principal parti kurde de Syrie (PYD), à la pointe du combat contre l'EI, au même titre que le mouvement frère du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène depuis 1984 la guérilla sur le sol turc.
Pressé par ses alliés d'intervenir, Ankara a fait un geste en autorisant le passage par son territoire d'un contingent symbolique de combattants kurdes irakiens, les peshmergas.
Engagée le 16 septembre, la bataille de Kobané a fait plus de 1.800 morts, dont plus de 1.000 jihadistes selon une ONG.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.