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Les Forces démocratiques syriennes, créées puis lâchées par les Etats-Unis


Mardi 20 janvier 2026 à 19h27

Beyrouth (Liban), 20 jan 2026 (AFP) — Les puissantes Forces démocratiques syriennes (FDS), dont la dissolution est exigée par Damas, sont le bras armé de la zone autonome kurde en Syrie et ont été en première ligne de la lutte contre les jihadistes, avec l'appui des Etats-Unis.

Mais Washington a estimé mardi, par la voix de son émissaire pour la Syrie Tom Barrack, que leur mission initiale de lutte contre les jihadistes n'avait plus de raison d'être, avec l'émergence d'un Etat central fort et soutenu par les Etats-Unis.

Les FDS comptaient avec les forces de sécurité kurdes, les Assayich, jusqu'à 100.000 combattants selon les estimations et contrôlaient à leur apogée de vastes pans du nord et du nord-est de la Syrie, riches en pétrole.

Leurs effectifs ont chuté avec la défection des combattants arabes, qui se sont ralliés en masse au pouvoir syrien, lorsque l'armée du président Ahmad al-Chareh a pris le contrôle lundi de deux bastions kurdes, Raqa et Deir Ezzor.

Selon le chercheur spécialisé sur la Syrie Fabrice Balanche, ils ne seraient désormais plus qu'environ 50.000.

Les FDS se sont depuis repliées vers le coeur de la zone autonome kurde dans le nord-est, autour de laquelle est déployée l'armée du président islamiste.

Ces forces ont été créées en 2015 sous l'impulsion des Etats-Unis, impressionnés par les combattants kurdes qui avaient défait l'EI à Kobané (nord), et qui cherchaient un partenaire fiable dans la lutte contre les jihadistes.

- Noyau dur -

Le noyau dur des FDS, toujours intact, est constitué par les Unités de protection du peuple (YPG, kurdes), qui comptent 30.000 combattants, y compris les Unités de protection de la femme, exclusivement féminines, explique Fabrice Balanche.

Même s'ils nient toute relation avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, la guérilla kurde turque), "c'est bien le PKK qui dirige le YPG en sous-main", dit l'analyste.

Ces unités ont une discipline de fer, inspirée du modèle du PKK, interdit par la Turquie.

"Les YPG ont été formés en 2011 par des vétérans du PKK" dont le chef des FDS Mazloum Abdi, explique Nanar Hawach, de l'International Crisis Group.

Selon lui, "l'autorité est partagée" au sein des FDS entre M. Abdi et "d'autres figures importantes, dont certaines du PKK".

Mazloum Abdi, un ingénieur civil de formation né en 1967, est un kurde syrien qui a rejoint le PKK en 1990 avant de revenir en Syrie en 2011-2012 pour aider à établir les YPG, précise l'analyste. Il s'est notamment illustré lors de la bataille de Kobané.

- Influence du PKK -

L'accord annoncé dimanche par Damas, qui prévoit l'intégration des combattants kurdes dans les structures étatiques, stipule que les FDS s'engagent à "faire sortir du pays tous les chefs et les membres du PKK" qui n'ont pas la nationalité syrienne.

Ces combattants non-Syriens "affiliés au PKK au sein des FDS sont estimés entre des centaines et quelques milliers", selon Nawar Hawach. "La plupart sont des Kurdes de Turquie, avec dans une moindre mesure des Kurdes iraniens et irakiens", ajoute l'analyste.

"Même si leur nombre est limité, ils ont une influence significative dans les rôles de commandement et administratifs, c'est pourquoi leur départ est une demande centrale de Damas", ajoute-t-il.

Le PKK a annoncé sa dissolution et le dépôt de ses armes l'an dernier à l'appel de son chef historique, Abdullah Öcalan. Il garde une base arrière dans les monts Qandil, dans le nord de l'Irak.

Les Etats-Unis ont été les principaux fournisseurs en armes des FDS et ont assuré leur entraînement et leur financement. Mais "les armes lourdes ont été délibérément limitées par Washington pour calmer les inquiétudes" de la Turquie, souligne M. Hawach.

La Turquie, qui possède une frontière de plus de 900 km avec la Syrie, y a mené entre 2016 et 2019 plusieurs opérations d'envergure contre les FDS.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.