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Les ficelles du parti kurde pour que leurs électeurs fassent le "bon" choix


Vendredi 20 juillet 2007 à 06h16

DIYARBAKIR (Turquie), 20 juil 2007 (AFP) — Au siège du principal parti kurde de Turquie, la campagne pour les législatives de dimanche bat son plein: affiches, tracts - mais aussi de curieux pochoirs et d'étranges bouts de ficelle pour inciter les électeurs, souvent illettrés, à faire le "bon choix".

Zeynel Bagir, un militant du Parti pour une société démocratique (DTP), place le pochoir sur le bulletin de vote qui contient une longue liste de noms.

Au milieu du cercle découpé, c'est celui du candidat kurde qui apparaît et il ne reste plus à l'électeur qu'à apposer le tampon sur le "bon" nom.

"Nous allons imprimer environ 100.000 pochoirs et nos militants vont expliquer aux électeurs comment les utiliser", explique M. Bagir, rencontré au siège du parti à Diyarbakir, la principale ville du sud-est de la Turquie, à majorité kurde.

Une autre possibilité envisagée par le DTP est de fournir aux électeurs un morceau de ficelle d'une certaine longueur qui, placée en haut du bulletin, tombera elle aussi pile sur le nom du "bon" candidat.

Dans cette région déshéritée du sud-est, 45 % des femmes et 19 % des hommes sont illettrés, bien plus que la moyenne nationale de 20 % et 4 % respectivement.

Le DTP, qui jouit d'un fort soutien dans la région, présente soixante candidats aux élections de dimanche sous l'étiquette "indépendant" afin de contourner la règle du seuil minimum de 10 % des voix au niveau national pour qu'un parti puisse entrer au Parlement.

Un sondage de l'Institut Konda publié jeudi a crédité les candidats indépendants, en grande majorité kurdes, de 5,7 % des voix, ce qui devrait se traduire par 25 à 35 députés.

Dés l'annonce par le DTP de sa nouvelle stratégie électorale en mai, le Parlement a, dans une rare manifestation d'unanimité, voté un amendement destiné à y faire obstacle.

Les noms des candidats indépendants doivent désormais figurer sur le même bulletin que celui des partis avec pour résultat une liste interminable, souvent confuse pour l'électeur. Auparavant, les indépendants étaient inscrits sur des bulletins séparés.

"Le fait que nous soyons obligés de nous présenter sous l'étiquette +indépendant+ est déjà l'illustration de pratiques non démocratiques", accuse Selahattin Demirtas, l'un des candidats kurdes à la députation.

Il dénonce aussi le fait qu'il ne puisse s'adresser en kurde à son électorat, le turc demeurant la seule langue autorisée de la campagne.

"Il est parfois difficile d'avoir un réel dialogue avec la population, j'ai parfois l'impression que mon message ne passe pas", confie le candidat, un avocat de 34 ans.

Il salue toujours son auditoire en kurde avant de passer au turc mais les questions sont posées en kurde.

Un homme lui demande ce qu'il fera pour aider les chômeurs tandis qu'une femme se plaint de devoir aller chercher l'eau à la fontaine dans son village toujours privée d'eau courante.

Demirtas répond avec patience... en turc.

Un imam kurde prend alors la parole pour appeler les villageois à soutenir le jeune avocat et pas le candidat du Parti de la justice et du développement (AKP, au pouvoir), issu de la mouvance islamiste et grand favori du scrutin, selon les sondages.

"Dans la religion musulmane, tous les hommes sont égaux mais ce n'est pas la façon dont l'AKP agit", dénonce l'imam. En kurde.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.