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Les Etats-Unis bombardent des positions jihadistes en Irak


Vendredi 8 août 2014 à 20h43

Erbil (Irak), 8 août 2014 (AFP) — Les Etats-Unis se sont directement impliqués en Irak pour la première fois depuis le retrait de leurs troupes en 2011 en bombardant vendredi des positions des jihadistes qui menacent le Kurdistan irakien et des milliers de chrétiens et Yazidis.

Deux chasseurs bombardiers américains ont largué vers 13H45 (10H45 GMT) des bombes de 250 kg sur une pièce d'artillerie mobile de l'Etat islamique (EI) qui avait visé des forces kurdes à Erbil, a annoncé le porte-parole du Pentagone, l'amiral John Kirby.

La Maison blanche a précisé qu'aucune date de fin n'avait été fixée pour cette opération, mais a répété que les Etats-Unis excluaient d'envoyer des troupes au sol et de s'engager dans "un conflit militaire prolongé".

Le chef de l'armée irakienne, Babaker Zebari, a estimé que cet appui aérien allait permettre d'obtenir rapidement "d'énormes changements sur le terrain.

"Les officiers de l'armée irakienne, les peshmergas (kurdes) et des experts américains travaillent ensemble pour déterminer les cibles", a-t-il expliqué, évoquant également des frappes américaines dans la région de Sinjar, à l'ouest de Mossoul et des opérations prévues dans "des villes irakiennes contrôlées par l'EI".

L'ONU cherche de son côté à établir un "corridor humanitaire" dans le nord de l'Irak pour permettre d'évacuer les civils menacés.

La France s'est dite "prête à prendre toute sa part" dans l'aide aux populations civiles victimes des "exactions intolérables" de l'EI, tandis que le Royaume-Uni a annoncé des parachutages de vivres dans les prochaines 48 heures.

Les combattants de l'EI ont encore marqué des points jeudi avec la prise de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak, suivie de celle du barrage de Mossoul, le plus grand du pays, qui contrôle l'alimentation en eau et en électricité de toute la région.

Depuis dimanche, des dizaines de milliers de personnes ont pris la fuite face à l'avancée des jihadistes, qui ne sont désormais qu'à une quarantaine de kilomètres d'Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan, allié de Washington.

Après la prise de Qaraqosh et d'autres zones autour de Mossoul, le patriarche chaldéen Louis Sako a fait état de 100.000 chrétiens jetés sur les routes. Dimanche, la prise de Sinjar, bastion de la minorité kurdophone yazidie, avait déjà poussé à la fuite jusqu'à 200.000 civils selon l'ONU.

- 'Génocide' -

Certains ont pu fuir au Kurdistan ou en Turquie, mais des milliers d'autres sont piégés dans les montagnes désertiques environnantes, où ils risquent autant de mourir de faim et de soif que de se faire massacrer par les jihadistes, réputés pour leur cruauté.

L'offensive de l'EI contre les Yazidis et les chrétiens "montre tous les signaux d'un génocide", a déclaré vendredi le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, en visite à Kaboul.

Evoquant "une crise humanitaire qui prend aux tripes" et le risque de nouvelles violences meurtrières, le diplomate a expliqué que les Etats-Unis avaient "pris la décision qu'il fallait sauver ces vies".

Jeudi soir, le président américain Barack Obama avait déjà évoqué un risque de génocide en autorisant des frappes militaires ciblées "pour protéger les civils pris au piège" ainsi que les personnels américains à Erbil et à Bagdad.

Elu sur la promesse d'un désengagement militaire et instigateur du retrait américain d'Irak, M. Obama a cependant assuré qu'il n'allait pas "entraîner (le pays) dans une autre guerre".

Dans la nuit, l'aviation américaine a commencé par parachuter des vivres et de l'eau à destination des civils piégés dans les montagnes de Sinjar.

Un habitant réfugié dans la montagne avec sa famille a cependant déclaré vendredi par téléphone qu'aucune aide n'était encore parvenue dans sa zone, où eau et vivres manquaient. "Il y a beaucoup d'enfants ici", a-t-il lancé.

Signe de l'inquiétude internationale, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est dit jeudi "scandalisé" par le sort des Yazidis et des chrétiens.

Le pape François, qui a lancé un appel urgent à la communauté internationale pour "protéger" les populations en fuite, a envoyé auprès d'elles le cardinal Fernando Filoni, ancien nonce en Irak.

- Kurdistan menacé -

A Bagdad, l'intervention américaine a suscité un peu de scepticisme, dans la mesure où le Premier ministre Nouri al-Maliki réclamait ces frappes depuis le début en juin de l'offensive de l'EI, qui était déjà bien implanté en Syrie et contrôle désormais de vastes pans du territoire irakien.

M. Obama "n'a rien fait pendant trois ans mais quelque chose arrive aux Kurdes et aux chrétiens et il commence à parler de terrorisme", a dénoncé Rashaad Khodhr Abbas, un fonctionnaire à la retraite.

Le puissant dirigeant chiite Moqtada al-Sadr a d'ailleurs affirmé vendredi que l'EI était sur le point d'attaquer la capitale, tout en promettant de mobiliser ses hommes pour défendre Bagdad.

Les insurgés sunnites sont à quelques dizaines de kilomètres de Bagdad, mais selon des experts, ils manquent de combattants pour mener un assaut de cette envergure.

Au Kurdistan, l'arrivée massive de réfugiés augmente la pression sur cette région déjà à court d'argent en raison d'un conflit avec Bagdad sur le partage des revenus pétroliers, et l'inquiétude monte face à la progression de l'EI.

Après avoir profité de la débandade de l'armée pour s'emparer de plusieurs villes, les peshmergas kurdes, à court de munitions et trop dispersés, ont dû battre en retraite sur plusieurs fronts.

Le Royaume-Uni a appelé vendredi ses ressortissants à "quitter immédiatement" trois provinces kurdes d'Irak, tandis que les compagnies Turkish Airlines et Lufthansa ont suspendu leurs vols vers Erbil.

L'Agence fédérale de l'aviation (FAA) a interdit aux avions commerciaux américains de survoler l'Irak, et British Airways a pris une mesure similaire.

burs-jmm/fcc/faa

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.