Lundi 11 février 2008 à 16h40
BERLIN, 11 fév 2008 (AFP) — D'un groupe de musique Heavy Metal à Bagdad aux transsexuels iraniens et au destin d'un Kurde homosexuel en Turquie: des voix en marge des sociétés musulmanes témoignent de leur quotidien à la 58e Berlinale.
Ces sujets largement tabous, offrant des visions décalées de la vie en Egypte, en Iran ou au Pakistan aujourd'hui, sont très suivis à Berlin et font souvent salle comble.
Dès le premier jour du festival, dans la section Panorama, le documentaire du réalisateur indien Parvez Sharma "A Jihad for Love" qui évoque des relations entre l'islam et l'homosexualité a donné le ton sur ce thème largement tabou dans les pays musulmans.
Parmi les douze homosexuels et musulmans pratiquants dont le film fait le portrait, on découvre notamment un imam gay sud-africain, un couple de lesbiennes stambouliotes, un Egyptien qui a trouvé refuge à Paris après avoir passé un an en prison dans son pays en raison du seul fait qu'il était homosexuel, ou encore deux jeunes gens ayant fui l'Iran où leurs vies étaient menacées, pour se réfugier au Canada.
"L'islam est au coeur du film. Les personnages du documentaire sont fiers d'être gays, mais foncièrement, ils se présentent avant tout comme musulmans. Ils sont aussi musulmans que n'importe qui, et la pratique de leur religion est aussi authentique et fondamentale que n'importe laquelle", explique le réalisateur Parvez Sharma.
"Be like others", le documentaire de Tanaz Eshaghian, traite du parcours de jeunes Iraniens qui décident de changer de sexe, une opération légale en Iran pour les gays qui ne veulent plus subir insultes et persécutions.
"L'Iran n'accorde pas beaucoup de place à ceux qui ne veulent être ni une femme ni un homme", déclare la réalisatrice Tanaz Eshaghian, qui a interrogé des patients qui venaient d'être opérés dans une clinique de Téhéran.
"Ces personnes sont en marge de la société. Et quand on est en marge, on ébranle la logique d'une culture, on fait bouger ses frontières", dit-elle.
La Turquie et sa métropole au bord du Bosphore sont le théâtre d'un autre documentaire, "The other side of Istanbul" (L'autre côté d'Istanbul), de Donku Kolic. Il explore le thème de la discrimination à travers le regard du jeune Kurde Mehmet Tarhan, dont la famille a accepté l'homosexualité.
"En fait, tu es à la fois pacifiste, gay et Kurde", dit un homme qui débat avec Mehmet de sa sexualité dans un café d'Istanbul. "C'est comme si trois minorités turques se retrouvaient en une seule!".
Les jeunes musiciens du groupe "Acrassicauda", qui se présentent dans le documentaire "Heavy-metal à Bagdad" comme l'unique groupe de trash-metal irakiens, font eux-aussi preuve d'anticonformisme.
Dans un anglais parsemé d'expressions triviales venues tout droit des films d'Hollywood, les jeunes témoignent tout au long du film de leurs efforts pour réaliser leur rêve -faire de la musique- alors que l'anarchie et la violence règnent dans le Bagdad d'après Saddam Hussein.
Marwan, le batteur du groupe évoque à un moment des menaces de fondamentalistes religieux qui reprochent au groupe de "s'être américanisés et de jouer la musique de Satan".
La plupart des membres du groupe émigrent en Syrie à la fin du documentaire. D'après le réalisateur, Suroosh Alvi, ils sont maintenant en Turquie où ils ont obtenu le statut de réfugié.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.