
Mardi 13 janvier 2026 à 10h33
Nairobi, 13 jan 2026 (AFP) — Emirats arabes unis, Turquie, Chine, Etats-Unis... La reconnaissance fin décembre du Somaliland par Israël a fait réagir aux quatre coins de la planète, plaçant cette petite république autoproclamée au centre de la géopolitique mondiale, souvent au nom d'intérêts qui la dépassent.
Le 26 décembre, Israël est devenu le premier pays à reconnaître le Somaliland comme "Etat indépendant et souverain" depuis sa sécession en 1991 de la Somalie.
La république autoproclamée de 175.000 km2 (moins du tiers de la France) fonctionne depuis en autonomie. Elle se distingue par sa relative stabilité comparée à la Somalie, minée par l'insurrection islamiste des shebab.
Sa position sur le détroit de Bab-el-Mandeb, qui relie la mer Rouge au golfe d'Aden, en fait un territoire stratégique sur l'une des routes commerciales les plus fréquentées du monde, reliant l'océan Indien au canal de Suez. Les Emirats, alliés d'Israël, contrôlent ainsi un important port en eau profonde ainsi qu'un aéroport à Berbera, sur la côte somalilandaise.
- Israël -
Le Somaliland se situe à environ 250 km du Yémen, d'où les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, ont mené de nombreuses attaques contre Israël depuis la guerre à Gaza.
Il a accordé une base militaire israélienne sur son territoire en échange de sa reconnaissance par Israël, affirme le président somalien Hassan Sheikh Mohamud. La diplomatie somalilandaise a démenti une "allégation mensongère".
Ne souhaitant pas perdre le soutien du monde musulman, "le Somaliland, ne dira jamais ouvertement qu'il a une coopération militaire avec Israël", observe Bayram Balci, chercheur à Sciences Po Paris.
- Emirats arabes unis -
"Derrière l'accord entre les Israéliens et le Somaliland, il y a les Émiratis", affirme le chercheur du CNRS Roland Marchal, rejoint par d'autres experts. Ceux-ci cherchent à accroître leur "présence" militaire en Mer Rouge, dit-il.
Lundi, Mogadiscio, pointant "des actions hostiles", a annoncé annuler tous les accords liant la Somalie aux Emirats. Notamment celui sur le port de Berbera, au Somaliland, que le géant émirati DP world contrôle. La Somalie n'a "aucune compétence" sur le sujet, a rétorqué mardi Hargeisa.
Le Somaliland avait aussi attribué aux Émirats une concession de 25 ans pour construire une base militaire à Berbera.
Un aéroport et sa piste d'atterrissage y ont récemment été agrandis, avec l'ajout d'une "nouvelle base aérienne", en cours de finition, selon un responsable du gouvernement somalilandais, qui a requis l'anonymat. "Les Emirats contrôlent le projet", a-t-il remarqué.
- Arabie saoudite -
Le soutien des Emirats au Somaliland s'inscrit aussi dans sa brouille prolongée avec l'Arabie saoudite, notamment sur les questions soudanaise et yéménite.
Alors que les deux monarchies du Golfe, un temps unies face aux Houthis au Yémen, s'y battent désormais par factions interposées, la coalition soutenue par Ryad a accusé le chef d'un groupe séparatiste soutenu par Abou Dhabi d'y avoir fui jeudi en passant par le port de Berbera.
Abou Dhabi n'a pas condamné Israël pour sa reconnaissance du Somaliland. Contrairement à l'Arabie saoudite, qui n'est toutefois pas fortement présente en Somalie.
- Turquie -
A l'inverse, la Turquie, vent debout contre Israël depuis la guerre à Gaza et qui craint la présence d'Israël en mer Rouge, a fait de la Somalie la tête de pont de son engagement international.
En 2016, du président Recep Tayyip Erdogan inaugurait la plus grande ambassade turque à Mogadiscio. Un an plus tard, la Turquie y ouvrait sa plus grande base militaire à l'étranger. Ses entreprises sont omniprésentes, notamment dans le pétrole. Ankara veut également construire un centre spatial en Somalie.
La reconnaissance du Somaliland risque "d'alimenter la fragmentation" de la Somalie et de "compromettre (...) les intérêts" de la Turquie dans le pays, note Scott Romaniuk, de l'université Corvinus de Budapest.
Si la Turquie, ne peut "idéologiquement pas reconnaître le Somaliland" car cela reviendrait à "reconnaître les demandes d'indépendance du peuple kurde", sa diplomatie "pragmatique" lui fait "garder un pied" au Somaliland, note toutefois Federico Donelli, de l'université de Trieste.
La Turquie, dont les Emirats sont un important partenaire économique, est également proche de l'Ethiopie, pays enclavé de 130 millions d'habitants, qui a signé en 2024 un protocole d'accord avec le Somaliland prévoyant un bail de 50 ans sur 20 km de côtes somalilandaises.
- Chine -
Le Somaliland reconnaît Taïwan, ce qui contrarie fortement la Chine, dont les investissements fleurissent en Afrique, notamment en Somalie.
Deux semaines après la reconnaissance du Somaliland par Israël, le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi devait se rendre à Mogadiscio vendredi. La visite, qui aurait été la première d'un ministre chinois des Affaires étrangères en Somalie depuis des décennies, a toutefois été reportée "pour des raisons techniques", selon Mogadiscio.
- Etats-Unis -
Washington, qui dispose également d'une base miliaire en Somalie, a défendu fin décembre le droit de son allié israélien à reconnaître le Somaliland. Mais le président Donald Trump s'est dit opposé à une évolution similaire de la diplomatie américaine.
"Les États-Unis ne sont pas du tout dans une posture de reconnaissance du Somaliland" car "ils ont besoin des Égyptiens, des Turcs et des Saoudiens (tous soutiens de la Somalie, NDLR) pour Gaza", constate le chercheur français Roland Marchal.
Quel que soit le pays, "on ne discute pas des mérites du Somaliland, poursuit-il. On est dans une espèce de compétition géopolitique et le Somaliland est utilisé pour faire valoir un argument contre quelqu'un."
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Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.