
Lundi 30 mars 2026 à 11h46
Berlin, 30 mars 2026 (AFP) — Le président syrien Ahmed al-Chareh se trouve à Berlin lundi pour des discussions sur la reconstruction de son pays, les efforts de Berlin pour renvoyer les réfugiés syriens et la guerre au Moyen-Orient.
Pour son premier voyage à Berlin, le dirigeant a été reçu lundi matin par le président fédéral Frank-Walter Steinmeier à sa résidence, le château de Bellevue.
Il a participé ensuite à un forum économique germano-syrien au ministère des Affaires étrangères, avant de rencontrer à la mi-journée le chancelier Friedrich Merz.
Cet ancien chef rebelle islamiste de 43 ans, qui a renversé l'ancien dirigeant syrien Bachar el-Assad en décembre 2024, est parvenu à nouer des relations avec les gouvernements occidentaux et a effectué plusieurs voyages à l'étranger, notamment aux États-Unis, en France et en Russie.
Il a négocié la levée de nombreuses sanctions internationales contre la Syrie afin de l'aider à se reconstruire après une guerre civile sanglante qui a duré 14 ans.
"Nous souhaitons laisser cette période difficile derrière nous et rattraper notre retard sur le reste du monde", notamment en attirant les investissements en Syrie", a-t-il déclaré lors du forum économique.
- Rapatriement des Syriens -
La Syrie est un "refuge pour les chaînes d'approvisionnement", a insisté le dirigeant syrien, et facilite le transport d'énergie et de marchandises vers l'Europe sans passer par le détroit d'Ormuz, paralysé par la guerre au Moyen-Orient.
"Poursuivez sur la voie de l'apaisement, du travail de mémoire et de la réconciliation", a conseillé le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul au président syrien.
La condition pour cela est "une économie qui fonctionne" et l'Allemagne a "un rôle important à jouer dans le développement économique de la Syrie", a-t-il ajouté.
Pour la reconstruction de la Syrie, Ahmed Al-Chareh a également appelé les Syriens ayant étudié et travaillé en Allemagne à "apporter ces compétences" au pays.
Près d'un million d'entre eux ont fui leur pays déchiré par la guerre pour se réfugier dans la première économie européenne, la plupart d'entre eux au coeur de la crise migratoire en 2015.
Le retour des Syriens dans leur pays d'origine fait partie du programme de la visite, a indiqué vendredi le porte-parole du gouvernement allemand Stefan Kornelius.
Friedrich Merz a déclaré l'année dernière qu'avec la fin de la guerre civile en Syrie, "il n'y a désormais absolument aucun motif d'asile en Allemagne". "Nous pouvons donc commencer les expulsions", avait-il dit.
Le ministère allemand de l'Intérieur a signé un accord avec la Syrie fin 2025 permettant l'expulsion régulière des criminels et des personnes jugées dangereuses.
M. Merz a cherché à renverser la politique d'immigration plus libérale de sa prédécesseuse Angela Merkel, affirmant qu'il devait contrer l'essor de l'AfD, parti d'extrême droite devenu première force d'opposition.
Beaucoup d'ONG ont critiqué ce revirement du chancelier, invoquant l'instabilité persistante et les violations des droits humains en Syrie.
- Manifestations à Berlin -
La visite d'Al-Chareh en Allemagne, initialement prévue en janvier mais reportée en raison d'affrontements entre ses troupes et les combattants kurdes alors soutenus par les États-Unis, fait l'objet de plusieurs manifestations à Berlin lundi, selon la police.
Un rassemblement aura lieu sous le slogan: "Pas d'accords de rapatriement avec des violateurs des droits humains".
Une association kurde en Allemagne, la KGD, a vivement critiqué sa venue, arguant dans un communiqué publié vendredi que l'ancien chef djihadiste ne devait bénéficier "d'aucune reconnaissance officielle".
Merz a pour l'instant "réduit sa politique syrienne à la question des expulsions et ignoré la situation réelle sur le terrain", a déclaré à l'AFP Luise Amtsberg, députée des Verts en charge des affaires étrangères, mettant en garde contre une "normalisation précipitée" des relations.
Les tensions confessionnelles et le groupe Etat islamique ont provoqué des effusions de sang répétées et Israël a mené des centaines de frappes dans le pays ainsi que des incursions régulières.
Les craintes se sont également accrues face à un conservatisme social rampant sous les autorités islamistes.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.