
Vendredi 27 mars 2026 à 14h09
Istanbul, 27 mars 2026 (AFP) — Malgré la baisse du nombre de locuteurs, l'arménien occidental, parlé essentiellement par les Arméniens de Turquie, continue de se transmettre par la littérature et les arts, constatent des défenseurs de la langue réunis à Istanbul.
"L'arménien occidental est certes menacé, mais il est loin d'être une pièce de musée. Il reste vivant, porté par la musique, le théâtre ainsi que la publication de journaux et d'ouvrages", affirme Vahakn Keshishian, de l'association culturelle Yeseyan qui organise jusqu'à fin mars sur les rives du Bosphore le festival Hantibum ("Face à Face", en arménien) dédié à l'arménien de Turquie.
Autrefois pratiqué par près de 2 millions d'Arméniens dans l'Empire ottoman, l'arménien occidental, qui diffère par sa grammaire et sa prononciation de l'arménien d'Arménie, est classé aujourd'hui comme langue en danger par l'Unesco.
Il n'est plus parlé aujourd'hui que par les moins de 100.000 Arméniens de Turquie -- sur une population de 86 millions d'habitants -- et des descendants des Arméniens ottomans, éparpillés dans le monde après le génocide de 1915.
La Turquie, issue du démantèlement de l'Empire ottoman en 1920, récuse le terme de génocide et évoque des "massacres" doublés d'une famine.
- "Invisibles" -
Avec des concerts, ateliers et projections de films, le festival Hantibum d'Istanbul veut témoigner que l'arménien occidental continue d'être une langue de production culturelle.
"Nous vivons au sein de cette langue, notre existence même y est intimement liée. La culture se transmet par ce biais", souligne M. Keshishian.
Cette transmission est cependant entravée par la baisse du nombre de personnes qui parlent et apprennent l'arménien occidental, devenue une langue ultra minoritaire en Turquie.
"L'arménien occidental est de moins en moins parlé à la maison car ce n'est plus la langue de la vie quotidienne. Pour briser cette tendance, nous organisons des ateliers à destination des jeunes", explique Betül Bakirci des Editions Aras qui publient des livres en turc et en arménien occidental.
"Les livres en arménien oriental sont bien plus diffusés et disponibles. En revanche, pour accéder à un livre en arménien occidental, il faut faire des efforts. Notre maison d'édition remplit cette mission", ajoute-t-elle.
Une quinzaine d'écoles accueillant près de 3.000 élèves enseignent en arménien occidental à Istanbul, mais leurs effectifs baissent depuis plusieurs années.
"La situation politique et économique en Turquie pousse les jeunes à envisager leur avenir ailleurs. Beaucoup de familles préfèrent aussi inscrire leurs enfants dans des écoles qui enseignent les langues occidentales plutôt que l'arménien", précise Pakrat Estukyan, de l'hebdomadaire bilingue arménien et turc Agos.
"Les Arméniens préfèrent devenir invisibles lorsque le climat politique se tend. Par exemple, les cours d'arménien occidental qui avaient vu le jour il y a quelques années à Diyarbakir (sud-est à majorité kurde, ndlr) n'existent plus", regrette M. Estukyan.
- Regain d'intérêt -
Malgré ce tableau, ce dernier note un regain d'intérêt des jeunes lecteurs pour les pages en arménien occidental du journal, tiré à 5.000 exemplaires.
Pour Vahakn Keshishian, les outils numériques aussi donnent un nouvel élan à l'arménien de Turquie.
"Les possibilités offertes par les nouvelles technologies ont été extrêmement bénéfiques. Les cours en ligne et l'intelligence artificielle ont permis de démocratiser l'accès à la langue", précise-t-il.
Les Arméniens occidentaux, "une communauté fluide et en perpétuelle évolution", ont toujours su se réinventer lors des périodes de crise, fait-il valoir, soulignant le rôle important de la diaspora.
"Les guerres au Moyen-Orient ont provoqué la dispersion des Arméniens de cette région, mais elles ont aussi donné naissance à de nouvelles communautés arménophones à travers le monde", relève-t-il.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.