
Jeudi 16 octobre 2014 à 14h26
Suruc (Turquie), 16 oct 2014 (AFP) — Les autorités turques veulent expulser, contre leur gré, quelque 150 membres du principal parti kurde de Syrie réfugiés sur son territoire, qu'elles soupçonnent d'être liés aux rebelles kurdes de Turquie, a indiqué à l'AFP un député kurde turc.
"La Turquie a décidé d'expulser ces gens mais ceux-ci ne veulent plus retourner à Kobané et ils protestent contre leur détention abusive", a expliqué Ibrahim Ayhan, un élu du Parti démocratique populaire (HDP, pro-kurde) qui défend leur cause.
Ces Kurdes de Syrie font partie d'un groupe de 270 personnes appartenant au Parti de l'union démocratique (PYD) ou à sa milice armée, les Unités de protection du peuple (YPG), qui a franchi la frontière la semaine dernière en provenance de la ville de Kobané, assiégée par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).
Ils ont été immédiatement retenus, officiellement pour vérification d'identité, par les autorités turques qui les soupçonnent d'être liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en rébellion armée depuis 1984 contre le gouvernement d'Ankara.
Une centaine d'entre eux ont été remis en liberté dans la nuit de lundi à mardi et ont rejoint à Kobané les combattants kurdes qui luttent contre l'EI, selon M. Ayhan.
Les quelque 150 autres, qui ont entamé une grève de la faim pour dénoncer leur détention dans la salle de sports de la ville frontalière turque de Suruç, sont désormais menacés d'expulsion, a expliqué le député.
"Ils (détenus) ne veulent plus retourner à Kobané ni dans d'autres cantons" kurdes du nord-est de la Syrie, a précisé M. Ayhan.
Interrogé par l'AFP, le bureau de la préfecture de Suruç s'est refusé à tout commentaire.
Mardi, le Premier ministre islamo-conservateur turc Ahmet Davutoglu a accusé le PYD d'avoir "torturé" les déplacés kurdes de Kobané, dont quelque 200.000 ont franchi la frontière de la Turquie pour fuir l'avancée jihadiste.
Malgré la pression de ses alliés, la Turquie refuse d'intervenir pour venir en aide à Kobané (Aïn al-Arab en langue arabe), redoutant qu'une opération militaire ne renforce le président syrien Bachar al-Assad, sa bête noire, et le PKK.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.