Page Précédente

La Turquie réclame son dû au lendemain de l'accord avec l'Otan


Mercredi 29 juin 2022 à 16h51

Istanbul, 29 juin 2022 (AFP) — La Turquie n'a pas tardé à réclamer son dû à la Suède et la Finlande en avançant mercredi une demande d'extradition de 33 personnes qu'elle considère comme terroristes, au lendemain de l'accord signé à Madrid avec l'Otan.

Les ministres turcs, suédois et finlandais des Affaires étrangères ont signé mardi soir un mémorandum d'accord ouvrant l'accès des deux nations nordiques à l'Alliance atlantique.

Stockholm et Helsinki ont rompu avec des décennies de neutralité pour demander leur adhésion à l'Otan face à la menace russe.

Mais le processus avait été bloqué depuis la mi-mai par Ankara qui exigeait de leur part une "entière coopération" dans la lutte contre le terrorisme.

Ce à quoi les deux pays se sont engagés mardi soir.

"Dans le cadre du nouvel accord, nous allons demander à la Finlande l'extradition de six membres du PKK et six membres de Fetö, et à la Suède d'extrader dix membres de Fetö et onze du PKK", a annoncé le ministre de la Justice Bekir Bozdag.

"Nous allons les appeler à tenir leurs promesses" a-t-il ajouté, selon un communiqué transmis par ses services.

La Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) est classé comme organisation terroriste par Ankara et ses alliés occidentaux.

Fetö est l'acronyme du mouvement fondé par le prédicateur Fethullah Gülen, installé au Etats-Unis et considéré par le président Recep Tayyip Erdogan comme l'instigateur de la tentative de coup d'état de juillet 2016.

Les deux mouvements ainsi que plusieurs organisations affiliées au PKK, comme les Unités de protection du peuple (YPG), opérant aux frontières de la Turquie dans le nord de l'Irak et de la Syrie, sont explicitement mentionnées dans le mémorandum.

M. Erdogan s'est réuni mardi soir plusieurs heures durant avec son homologue finlandais Sauli Niinistö et la Première ministre suédoise Magdalena Andersson pour parvenir à cet accord, avant l'ouverture du sommet de l'Otan à Madrid.

- "ce qu'elle voulait" -

Au terme de ce sommet, qui s'est tenu également en présence du secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, le mémorandum a été présenté, ouvrant la voie à un futur accord formel d'élargissement de l'Alliance face aux menaces de la Russie.

"La confiance au sein de l'Otan ne peut être assurée qu'en garantissant la sécurité de ses membres" a poursuivi le ministre, une figure du parti AKP au pouvoir, nommé en janvier dernier.

"Mais on voit que de nombreux pays dont les USA, l'Allemagne, la France, la Suède, soutiennent ouvertement des organisations terroristes, depuis longtemps" ajoute-t-il.

Le ministre se félicite tout particulièrement de voir le mouvement Fetö "reconnu parmi les organisations terroristes" dans le mémorandum et non seulement le PKK - classé comme tel par l'Union européenne et les Etats-Unis notamment.

"Mais pour nous, il n'est pas suffisant de l'écrire, nous superviserons également la mise en oeuvre de l'accord (...) article par article" insiste le ministre.

Les noms des 33 personnes réclamées n'ont pas été révélés. "Pas besoin de renvoyer un fichier", a dit le ministre, laissant entendre que les deux capitales les connaissaient.

Le quotidien turc Hurriyet a évoqué pour sa part mercredi une liste potentielle de 45 noms.

La Suède accueille une communauté d'environ 100.000 personnes d'origine kurde, pour une partie d'entre elles nées sur place .

La fédération kurde de Finlande avance pour sa part le chiffre de 16.000 Kurdes vivant dans le pays.

"La Turquie a obtenu ce qu'elle voulait", a triomphé mardi soir la présidence turque.

Auparavant, M. Erdogan avait obtenu l'assurance de rencontrer le chef de la Maison Blanche mercredi à Madrid.

Selon une source officielle américaine, Washington n'a "rien offert" à Ankara pour lever son obstruction à l'élargissement de l'Otan.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.