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La Turquie offre sa médiation à l'Iran, mais prépare sa frontière


Jeudi 29 janvier 2026 à 12h44

Istanbul, 29 jan 2026 (AFP) — La Turquie propose de jouer les médiateurs entre Téhéran et Washington mais se tient prête à "renforcer sa frontière" en cas d'attaque américaine sur l'Iran, ont indiqué jeudi des responsables turcs.

Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi, qui affirme que Téhéran répondra à toute attaque de Washington, est attendu vendredi en Turquie, selon une source du ministère turc des Affaires étrangères.

Le ministère à Téhéran a confirmé cette visite officielle dans un message posté sur X: "La République islamique d'Iran est déterminée à renforcer constamment ses relations avec ses voisins sur la base d'une politique de bon voisinage et d'intérêts communs", a écrit son porte-parole.

Le chef de la diplomatie turque Hakan Fidan, qui s'est déjà entretenu mercredi avec son homologue iranien, "réitérera l'opposition de la Turquie à toute intervention militaire contre l'Iran, en insistant sur les risques d'une telle initiative pour la région et le monde", a déclaré ce responsable sous couvert d'anonymat.

M. Fidan entend réitérer que la Turquie, qui partage plus de 550 km de frontière avec l'Iran, "est prête à contribuer à la résolution des tensions actuelles par le dialogue", a ajouté cette source.

Un haut responsable turc a par ailleurs confié à l'AFP qu'Ankara se tenait prêt, en parallèle, à "renforcer la sécurité à sa frontière", sans aller jusqu'à évoquer l'hypothèse d'une zone tampon avancée par des médias turcs.

La Turquie a déjà érigé 380 km de mur à sa frontière avec l'Iran, "mais ce n'est pas suffisant", a estimé cette source sous couvert d'anonymat.

Ce mur, qui coupe des régions montagneuses et fortement enneigées en hiver, a été érigé afin de contenir les passages d'immigrants illégaux en provenance d'Iran et d'Afghanistan notamment, mais aussi les trafics de stupéfiants.

Surmonté de barbelés et de miradors, il est doublé de tranchées où l'armée patrouille 24 heures sur 24.

- "doigt sur la gâchette" -

Aucun afflux notable n'a été constaté à cette frontière au plus fort de la vague de contestation qui a secoué l'Iran fin décembre et début janvier avant d'être réprimée dans le sang.

Mais des frappes américaines pourraient changer la donne à la frontière turco-iranienne, Ankara s'inquiétant également d'un regain d'activité de combattants kurdes sur le sol iranien.

"La Turquie se concentre moins sur un règlement complet des différends entre les États-Unis et l'Iran que sur la prévention d'une intervention militaire (qui) engendrerait une cascade de problèmes sécuritaires à sa frontière, dont des migrations massives", explique à l'AFP Arif Keskin, universitaire iranien à Ankara.

Dans ce cadre, estime-t-il, les efforts d'apaisement de la Turquie "rejoignent l'approche des cercles favorables à la négociation en Iran. Sachant que celui qui bénéficierait le plus d'un éventuel accord est le régime iranien lui-même".

Pour M. Keskin, si malgré les déclarations de leur président, les Etats-Unis optent pour la négociation plutôt que l'action militaire, "cela pourra aussi être perçu comme une victoire significative du pouvoir iranien sur ses opposants malgré les tueries".

Plus de 6.200 personnes, dont 5.850 manifestants environ, ont été tuées en Iran, d'après un bilan actualisé de l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux Etats-Unis.

L'organisation, qui dispose d'un vaste réseau de sources dans le pays, enquête sur plus de 17.000 potentielles morts supplémentaires.

Mercredi, le ministre iranien des Affaires étrangères a assuré que les forces iraniennes avaient "le doigt sur la gâchette", prêtes à répondre à toute attaque américaine, en réponse aux menaces du président américain Donald Trump qui a dépêché des forces dans le Golfe et affirmé que "le temps est compté" pour Téhéran.

M. Araghchi a toutefois répété que l'Iran était prêt à un accord "juste" et "équitable" sur le nucléaire.

Le ministre turc des Affaires étrangères a d'ailleurs "conseillé" mercredi aux Etats-Unis de discuter avec Téhéran, jugeant qu'attaquer l'Iran serait une "erreur".

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.