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La Turquie lance une vaste opération contre le PKK en Irak


Jeudi 20 octobre 2011 à 15h28

Hakkari (Turquie), 20 oct 2011 (AFP) — L'armée turque a annoncé jeudi avoir lancé une opération d'envergure dans le nord de l'Irak ainsi que sur son sol, à la frontière irakienne, contre les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui ont tué 24 soldats (mardi) dans le sud-est de la Turquie.

"Des opérations terrestres d'envergure ont été lancées dans cinq points du nord de l'Irak et en Turquie par 22 bataillons, soutenues par l'aviation", indique un communiqué de l'état-major des armées.

Le document ne précise pas le nombre de troupes dépêchées en territoire irakien. Les unités impliquées dans l'ensemble de cette offensive qui se concentre dans la province turque de Hakkari (extrême sud-est) et les zones du Kurdistan irakien au delà de cette zone, sont évaluées entre 10 et 15.000 hommes par les analystes militaires.

Elle constitue une riposte aux attaques multiples menées par plus de 200 rebelles tard mardi contre des postes militaires turcs situés à la frontière irakienne, qui ont coûté la vie à 24 militaires et en ont blessé 18 autres.

"Elle (l'offensive) vise à avoir des résultats" contre le PKK, qui dispose d'une force de 2.000 hommes en Irak, a déclaré à Ankara le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan devant la presse, refusant de dévoiler d'autres détails.

"Les opérations terrestres et aériennes se poursuivent", a-t-il dit.

La dernière incursion massive turque en Irak remonte à février 2008 et avait duré 8 jours.

De source sécuritaire turque à Diyarbakir, principale ville du sud-est anatolien peuplé majoritairement de Kurdes, on avait précisé auparavant que les chasseurs turcs continuaient de pilonner les camps du PKK situés dans la montagne irakienne.

L'aviation avait immédiatement riposté aux attaques de mardi. Des commandos ont également été lancés à la poursuite des assaillants et des unités spéciales ont été héliportées à quelques kilomètres à lintérieur du territoire irakien.

L'Irak a condamné jeudi l'attaque du PKK en Turquie et promis de coopérer avec Ankara en matière de sécurité, a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Ankara demande régulièrement à Bagdad de ne pas laisser les rebelles utiliser son territoire comme base.

Cette offensive du PKK est la plus meurtrière depuis presque vingt ans et a provoqué une onde de choc en Turquie, qui enterrait ses morts jeudi.

Les corps des victimes, transportés dans des cercueils recouverts du drapeau rouge et blanc turc, ont été transférés à bord d'avions militaires à leurs villes d'origine pour y être inhumés.

M. Erdogan, le chef de l'Etat Abdullah Gül, et des ministres ont assisté aux obsèques d'un des soldats tués dans une mosquée de la capitale.

Des manifestations spontanées ont été organisées à travers la Turquie mercredi et jeudi pour dénoncer les attaques et les gens ont hissé sur leur voiture ou leur balcon le drapeau turc. Des concerts ont été annulés.

Le Parlement a entamé une session à huis clos pour discuter d'éventuelles nouvelles mesures.

M. Erdogan, sous le feu des critiques, a affirmé que l'offensive du PKK, dénoncée par la communauté internationale, ne changerait en rien la détermination de son gouvernement d'en finir avec le conflit kurde par la voie démocratique.

Il a d'autre part indiqué jeudi avoir invité le président de la région autonome du Kurdistan irakien Massoud Barzani à venir le rencontrer.

La Turquie exhorte les Kurdes d'Irak à décourager le PKK d'utiliser leur territoire.

Le PKK s'est déclaré pour sa part prêt jeudi à souhaiter "la bienvenue" en Irak aux soldats d'Ankara. "S'ils veulent venir, qu'ils viennent, nous leur souhaiterons la bienvenue ici", a déclaré un porte-parole, Dozdar Hammo, à l'AFP.

Une intervention au sol était évoquée depuis l'été lorsque le PKK, considéré comme terroriste par bon nombre de pays, a repris les armes après une période daccalmie.

Le conflit, qui a démarré en 1984, a fait plus de 45.000 victimes.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.