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La Turquie intéressée par le pétrole kurde par "appât du gain" (Bagdad)


Dimanche 1 juin 2014 à 14h45

Bagdad, 1 juin 2014 (AFP) — L'implication de la Turquie dans les exportations de pétrole de la région autonome du Kurdistan irakien est "motivée par l'appât du gain", a dénoncé dimanche à l'AFP le responsable de la politique énergétique de Bagdad, alors que la tension monte entre les deux pays.

"Nous pensons que la Turquie est motivée par l'appât du gain, pour essayer de mettre la main sur du pétrole irakien pas cher", a déclaré Hussein al-Chahristani, vice-Premier ministre chargé des Affaires énergétiques.

Les autorités turques "ont facilité cette contrebande, et de toute évidence cela a nui à la relation" entre les deux pays, a insisté M. Chahristani, en recevant l'AFP dans son bureau de la Zone Verte ultra-sécurisée dans le centre de Bagdad.

"Nous avions atteint un niveau de coopération relativement bon avant que l'appât du gain ne prenne le pas en poussant la Turquie à participer à cette contrebande de brut irakien", a-t-il ajouté.

La Turquie a annoncé en mai avoir commencé à livrer sur les marchés internationaux du pétrole en provenance du Kurdistan irakien, alors que Bagdad exige que toutes les exportations de pétrole pompé sur le territoire irakien passent par le gouvernement central.

Le gouvernement irakien, en conflit depuis des années avec les autorités kurdes d'Erbil à ce sujet, a déposé le 23 mai une plainte contre la Turquie devant la Chambre de commerce internationale (ICC), basée à Paris.

Pour M. Chahristani, l'implication d'Ankara est une "action hostile" contre l'Irak.

"Les agissements turcs ont fait beaucoup de mal à l'Irak", a-t-il estimé. "Ils ont sapé l'économie, et privé le peuple irakien de revenus".

"J'appelle le gouvernement turc à reconsidérer cette position au regard des dommages potentiels qu'elle pourrait causer à notre relation bilatérale", a-t-il ajouté.

Le gouvernement irakien insiste sur le fait qu'il est le seul habilité à exporter le pétrole, dont les recettes fournissent à l'Etat 95% de ses revenus.

Les autorités kurdes avaient pour leur part estimé que la plainte de Bagdad devant l'ICC était "vouée à l'échec" et "illégitime".

Les exportations via la Turquie, qui interviennent après les élections législatives du 30 avril en Irak à l'issue desquelles la coalition du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki est arrivée en tête, pourraient provoquer un regain de tensions entre les Kurdes et le gouvernement central de Bagdad, alimentées également par des différends territoriaux.

Les Etats-Unis se sont inquiétés d'une possible déstabilisation du pays.

"Notre position de longue date est de ne pas apporter notre soutien aux exportations si elles ne sont pas dûment approuvées par le gouvernement central irakien, et nous sommes inquiets de l'impact que pourraient avoir celles" en cours, avait déclaré la porte-parole du département d'Etat, Jen Psaki, après l'annonce d'Ankara.

Outre la question du pétrole, la Turquie et l'Irak divergent sur le conflit en Syrie, Bagdad affichant sa neutralité et Ankara soutenant les rebelles. Selon des diplomates, les relations personnelles entre M. Maliki et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan sont également tendues.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.