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La Turquie bombarde des positions de l'EI en Syrie après la mort d'un de ses soldats


Jeudi 23 juillet 2015 à 22h49

Istanbul, 23 juil 2015 (AFP) — La Turquie a bombardé jeudi des positions du groupe Etat islamique (EI) en Syrie en riposte à la mort d'un de ses soldats, tué par des tirs jihadistes, trois jours après un attentat suicide meurtrier attribué par Ankara aux jihadistes.

Dans un climat de forte tension, encore nourri par l'assassinat d'un policier dans la grande ville kurde de Diyarbakir (sud-est), cet accrochage constitue le plus grave incident armé entre les forces de sécurité turques et l'EI depuis que le mouvement radical a pris le contrôle de larges parties du territoire syrien il y a un an.

L'incident s'est produit lorsqu'un groupe de cinq jihadistes a ouvert le feu sur un poste avancé de l'armée turque à la frontière, près de Kilis (sud). Un sous-officier a été tué et deux autres militaires blessés, a indiqué l'état-major dans une déclaration.

Conformément à ses règles d'engagement, l'armée a immédiatement riposté en bombardant le territoire syrien. Des chars ont ouvert le feu sur les positions de l'EI, tuant un de ses combattants et endommageant trois véhicules, selon l'armée.

Cette confrontation directe intervient dans la foulée de l'attentat suicide commis lundi à Suruç (sud), qui a fait 32 morts et une centaine de blessés parmi un groupe de jeunes militants de gauche partisans de la cause kurde qui souhaitaient participer à la reconstruction de la ville syrienne de Kobané.

Les autorités ont identifié un jeune Turc de 20 ans, Seyh Abdurrahman Alagöz, comme le "kamikaze". Selon la presse, il a effectué un séjour en Syrie dans les rangs de l'EI.

Dans la foulée de l'attentat, le gouvernement islamo-conservateur turc a décidé de renforcer sa lutte contre les jihadistes.

- Accord sur Incirlik -

Selon un responsable militaire américain, Ankara a ainsi enfin autorisé les Etats-Unis à utiliser plusieurs de ses bases aériennes, dont celle d'Incirlik (sud), pour mener des raids aériens contre des cibles du groupe Etat islamique en Syrie ou en Irak.

Le feu vert des Turcs, sollicité de longue date par Washington, a été officialisé au lendemain d'un entretien téléphonique entre les président turc Recep Tayyip Erdogan et américain Barack Obama.

La Turquie est jusque-là restée l'arme au pied face à l'EI. Elle a refusé d'intervenir militairement en soutien des milices kurdes de Syrie, par crainte de voir se constituer une région autonome hostile dans le nord de ce pays.

A l'issue d'une nouvelle réunion avec les chefs de l'armée et des services de sécurité ou de renseignement, le Premier ministre Ahmet Davutoglu a assuré jeudi soir dans une déclaration qu'il prendrait "toutes les mesures nécessaires pour préserver la sécurité nationale et l'ordre public", sans autre précision.

Selon le quotidien Hürriyet citant des responsables turcs, le gouvernement envisage de déployer des dirigeables au-dessus des 900 km de sa frontière syrienne et de doubler celle-ci par un mur afin d'empêcher les mouvements des jihadistes.

L'attentat de Suruç a suscité la colère de la communauté kurde de Turquie, qui reproche au gouvernement islamo-conservateur d'Ankara d'avoir fermé les yeux sur les activités de l'EI sur son sol, principal point de passage de ses recrues vers la Syrie.

Jeudi, la police turque a été la cible d'une nouvelle attaque.

- Un policier tué -

Un agent des forces de l'ordre a été tué et un autre sérieusement blessé par deux hommes qui ont ouvert le feu en pleine rue à Diyarbakir, la grande ville à majorité kurde du sud-est de la Turquie, a-t-on appris de sources policières et hospitalière.

Cette action n'a pas été immédiatement revendiquée.

La veille, les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont revendiqué l'exécution de deux policiers à Ceylanpinar (sud), à la frontière syrienne, en représailles à l'attaque de Suruç.

Le gouvernement turc a rendu hommage jeudi à ces deux "martyrs". "Personne ne plongera ce pays dans la terreur en employant des moyens barbares, abominables et haineux", a promis lors d'une cérémonie le ministre de l'Intérieur, Sebahattin Öztürk.

L'opération du PKK a ravivé les risques de débordement en Turquie de la guerre qui oppose les milices kurdes aux jihadistes sur le sol syrien.

Une organisation proche des rebelles kurdes de Turquie a ainsi affirmé sur son site internet avoir tué mardi soir à Istanbul un commerçant présenté comme un membre du groupe EI. "Les meurtriers de Suruç rendront des comptes", a écrit le Mouvement de la jeunesse patriotique révolutionnaire (YDG-H).

De nombreux manifestants, notamment kurdes, défilent chaque jour dans les villes du pays pour dénoncer la politique syrienne de M. Erdogan. Le principal parti kurde de Turquie a appelé à un grand rassemblement dimanche après-midi à Istanbul.

Un éditorialiste éminent du quotidien Milliyet, Kadri Gürsel, a été licencié mercredi pour avoir mis en cause la responsabilité de M. Erdogan dans l'attentat.

Ankara a toujours catégoriquement réfuté les allégations de complaisance avec les groupes extrémistes qui combattent le régime de Damas, sa bête noire.

Le pouvoir utilisera "tous les moyens pour traquer les auteurs" de l'attentat, a encore répété mercredi soir le chef de l'Etat turc.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.