Page Précédente

La Turquie au secours de Kobané en facilitant des renforts kurdes d'Irak


Lundi 20 octobre 2014 à 14h41

Istanbul, 20 oct 2014 (AFP) — La Turquie a opéré lundi un changement spectaculaire de sa stratégie en Syrie en annonçant qu'elle autorisait désormais les renforts des "peshmergas" irakiens à rejoindre, via son territoire, la ville kurde syrienne de Kobané assiégée par les jihadistes.

"Nous aidons les forces des +peshmergas kurdes+ à franchir la frontière pour aller à Kobané", a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu lors d'une conférence de presse à Ankara.

"Nous n'avons jamais voulu que Kobané tombe. La Turquie a mené différentes initiatives pour l'empêcher", a expliqué M. Cavusoglu.

Malgré la pression de ses alliés, Etats-Unis en tête, le gouvernement islamo-conservateur turc a jusque-là refusé d'intervenir militairement pour aider les combattants kurdes -les "peshmergas"- qui résistent depuis un mois aux forces du groupe Etat islamique, estimant qu'un tel soutien ne pouvait que renforcer le président syrien Bachar al-Assad, sa bête noire.

Ce revirement turc intervient alors que les Etats-Unis, qui ont multiplié les frappes contre les cibles jihadistes, ont procédé lundi sur Kobané à un premier largage aérien d'armes et de munitions pour les forces kurdes qui défendent la ville.

Le chef de la diplomatie turque n'a pas directement commenté cette initiative.

"Nous coopérons pleinement avec la coalition", s'est contenté d'indiquer M. Cavusoglu. "Nous voulons nous débarrasser de toutes les menaces qui pèsent sur la région. Nous évaluons l'aide militaire et médicale larguée à cette fin", a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis ont annoncé la semaine dernière avoir noué des contacts directs avec le principal mouvement kurde de Syrie, le Parti de l'union démocratique (PYD), dont les Unités de protection du peuple (YPG) mènent le combat contre l'EI à Kobané.

Dimanche encore, le président turc Recep Tayyip Erdogan a balayé les appels lancés à son pays pour qu'il fournisse directement des armes aux YPG et au PYD, qu'il a accusés d'être une "organisation terroriste".

- "Le PYD doit changer" -

Malgré l'aide accordée à leurs "frères" irakiens, le ministre des Affaires étrangères turc a réitéré lundi cette position. "Comme l'EI, le PYD veut contrôler une partie du territoire syrien", a estimé M. Cavusoglu, "le PYD et les groupes qui dépendent de lui doivent changer d'objectifs et renoncer à ces ambitions".

Elu local de Kobané, Idriss Nassen a rejeté ces accusations. "Le PYD (...) est l'une des principales composantes de l'opposition syrienne, cela signifie qu'il travaille pour les parties kurdes (du pays) mais aussi pour toute la Syrie", a-t-il déclaré à l'AFP.

Interrogé à la frontière turque, M. Nassen a également souhaité que la Turquie tienne sa parole de faciliter le passage des "peshmergas" irakiens. "Nous espérons que ce corridor entre la Turquie et Kobané va se concrétiser dans les prochains jours", a-t-il dit.

La Turquie considère le PYD comme le pendant syrien du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène depuis 1984 en Turquie une guérilla qui a fait 40.000 morts.

Ankara a toutefois engagé il y a deux ans des pourparlers avec le chef du PKK pour mettre un terme à ce conflit mais ils sont aujourd'hui menacés par le refus turc d'intervenir pour Kobané, qui a provoqué la colère des Kurdes de Turquie.

La Turquie de M. Erdogan entretient par contre de bonnes relations avec la région autonome kurde d'Irak, dont les "peshmergas" sont à la pointe du combat contre l'EI dans la partie nord du territoire irakien.

Selon l'agence kurde Rudaw, le président du Kurdistan irakien Massoud Barzani a lui-même demandé aux autorités turques de faciliter le passage de ses "peshmergas".

La semaine dernière, le président français François Hollande avait estimé que la Turquie devait "absolument ouvrir" sa frontière avec la Syrie pour permettre de renforcer les combattants kurdes qui la défendent.

Membre de l'Otan, la Turquie a jusque-là également refusé d'autoriser l'armée de l'air américaine à utiliser sa base aérienne d'Incirlik, située dans le sud de la Turquie à 300 km à peine de Kobané, pour mener des frappes contre les positions jihadistes.

Des négociations à ce sujet sont toujours en cours.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.