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La région syrienne d'Alep sous les bombes: près de 2.000 morts en cinq mois


Vendredi 30 mai 2014 à 17h34

Damas, 30 mai 2014 (AFP) — Près de 2.000 civils dont des centaines d'enfants ont péri dans la campagne aérienne de l'armée syrienne sur la province d'Alep depuis le début de l'année, le régime cherchant à reprendre coûte que coûte la cité stratégique aux rebelles après ses derniers succès.

Ce terrible bilan, qui souligne l'ampleur du drame humain de cette guerre, a été fourni vendredi par une ONG syrienne, à quatre jours de la présidentielle controversée que le chef de l'Etat Bachar al-Assad est assuré de remporter.

"Depuis début janvier et jusqu'au 29 mai, 1.963 civils ont été tués par les barils d'explosifs et les bombes largués par l'armée de l'air (...) dont 567 enfants et 283 femmes", a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui se base sur un large réseau de sources civiles, médicales et militaires.

Ex-capitale économique du pays meurtri par plus de trois ans de conflit, Alep est divisée depuis juillet 2012 et les quartiers rebelles sont la cible depuis la mi-décembre d'une offensive de l'armée avec des bombardements qui se sont intensifiés en janvier.

Ces raids, souvent menés par des hélicoptères larguant des barils d'explosifs, ont aussi provoqué l'exode de plusieurs milliers de personnes et laissé la ville en ruines. Les barils sont des bombes non guidées contenant de puissants explosifs ainsi que de ferraille pour renforcer l'effet de fragmentation.

Cette tactique a été condamnée par l'ONU, mais les militants anti-régime ont accusé la communauté internationale de rester les bras croisés face au "massacre" à Alep.

"Il n'y pas de force de dissuasion, et tout criminel à qui on ne demande pas de comptes agit en toute impunité", souligne le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Un groupe d'experts indépendants de l'ONU a d'ailleurs affirmé que la décision du Conseil de sécurité de ne pas s'en remettre à la Cour pénale internationale "pourrait inciter à davantage d'atrocités" en Syrie.

- 200 Kurdes enlevés -

Le régime a avancé ces derniers mois sur le terrain, s'emparant tout récemment de la vieille ville de Homs (centre) qu'il a assiégée et bombardée pendant deux ans, réduisant rebelles et civils à la disette.

"Si la tactique à Homs était d'assiéger et d'affamer, à Alep, le régime veut causer le maximum de destruction pour vider la ville de ses habitants", explique M. Abdel Rahmane. Selon lui, le régime a opté pour cette stratégie car "la majorité de la province est aux mains des rebelles, contrairement à celle de Homs".

Le régime continue à surpasser la rébellion en puissance de feu, grâce à son aviation, aux supplétifs syriens et aux combattants aguerris du Hezbollah libanais. Des centaines de combattants de ce parti se trouvent d'ailleurs à Alep pour prêter main forte au régime, selon l'OSDH.

Dans cette même province, le groupe jihadiste le plus brutal de Syrie, l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), a enlevé près de 200 Kurdes, a rapporté vendredi cette ONG.

Les milices kurdes croisent le fer avec l'EIIL depuis que les jihadistes ont voulu s'emparer il y a plusieurs mois des champs pétroliers du nord et de l'est du pays.

- Situation économique épouvantable -

C'est dans ce contexte que se déroulera le 3 juin le scrutin présidentiel. Organisé dans les régions tenues par le pouvoir et selon une loi excluant de facto toute candidature dissidente, il a été dénoncé comme une "farce" par l'opposition.

Le chef de l'armée syrienne libre (ASL, principale composante de la rébellion), le général Abdelilah al-Bachir, a appelé les Syriens à "boycotter complètement" l'élection, qualifiant le régime de "criminel".

L'Iran, allié de Damas, a indiqué de son côté que la présidentielle renforcerait la "légitimité" de M. Assad, "son peuple ayant réalisé qu'il avait évité à la Syrie la désintégration ou l'occupation".

En trois ans, le conflit a fait plus de 162.000 morts et neuf millions de déplacés et réfugiés.

Selon un nouveau rapport de l'ONU, la guerre a plongé le pays dans une situation économique épouvantable et jeté dans la pauvreté la moitié de la population.

Et d'après la Commission européenne, en plus de 162.000 morts directs de la guerre, "200.000 Syriens sont morts de maladies chroniques en raison du manque d'accès aux traitements et aux médicaments", rappelant que 3,5 millions de personnes sont dans des régions inaccessibles pour les humanitaires.

La Syrie est victime de "la mondialisation de l'indifférence", a dénoncé le pape François, appelant toutes les parties à "faire taire les armes".

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.