
Vendredi 27 mars 2026 à 13h59
Paris (France), 27 mars 2026 (AFP) — Sous les bombes israélo-américaines depuis un mois, ils connaissent l'angoisse des nuits courtes et les pénuries, et voient l'étau sécuritaire se resserrer. Voici des témoignages d'Iraniens recueillis par l'AFP.
- Une inflation paralysante
"Je n'ai absolument plus aucun revenu", se désole Golnar, une habitante de Téhéran, qui vivait de sa boutique en ligne.
"Dans notre famille, tout le monde travaille habituellement et nous ne payons même pas de loyer, pourtant nous ne pouvons même pas envisager des choses comme aller au restaurant ou pratiquer des loisirs, quels qu'ils soient. Nous nous autorisons que les dépenses de subsistance les plus basiques et essentielles", poursuit la femme de 29 ans.
Sadeq, 42 ans, vit lui sur l'île de Qeshm, la perle touristique de l'Iran, située pile à l'entrée du détroit d'Ormuz.
D'habitude synonymes de faste et de haute saison, les congés du nouvel an persan, Norouz, ont été une catastrophe.
"Notre hôtel et nos cafés sont à moitié vides", constate-t-il. Même si "beaucoup de gens sont venus ici pour rester plus longtemps, en attendant de voir ce qui va se passer avec la guerre".
Et de citer cet exemple: "Nous devons parfois attendre des heures pour obtenir du carburant".
-Des apparences de normalité
Résilients et depuis longtemps rompus aux conséquences des sanctions, beaucoup d'Iraniens continuent apparemment de vivre selon leurs habitudes.
A Téhéran, "il n'y a pas de famine, tout est disponible. Les cafés sont ouverts et nous sortons toujours... Il y a de l'essence, de l'eau et de l'électricité", décrit Shayan, un habitant âgé de 40 ans.
"Mais nous ressentons tous un sentiment d'impuissance", poursuit-il.
"Nous nous retrouvons en famille et entre amis, nous jouons aux cartes ensemble et nous buvons. Les magasins et les restaurants sont ouverts jusqu'à 21H00, mais la ville semble vide. La plupart des gens sont partis".
Une autre habitante de Téhéran confie son impression de "s'être habituée à la situation".
"Le bruit, les explosions et les missiles font désormais partie de notre vie quotidienne... Je pense que peu à peu, cela devient davantage banal pour tout le monde", affirme cette femme de 35 ans.
"En ce moment, notre seule inquiétude, c'est que nos infrastructures pétrolières et gazières puissent être prises pour cibles par des attaques de missiles. Je pense que c'est la seule chose sur laquelle tous les Iraniens sont d'accord actuellement".
- Un pessimisme absolu
Habitant la ville de Sanandaj, dans la région du Kurdistan iranien, cet homme de 34 ans ne peut cacher son pessimisme.
"La vérité est que, ces derniers jours, nous avons compris que le régime de la République islamique ne serait pas renversé de la manière que nous imaginions. Penser que la République islamique tomberait comme le Chah il y a quarante-sept ans - qui fut renversé en un jour et cessa d'exister - est une conception erronée. Car contrairement au Chah, ils ne sont pas une seule personne. Ils sont des milliers ou, plus précisément, ils sont une idéologie", confie-t-il.
"Nous savons tous à quel point ce régime est puissant et impitoyable sur le terrain. Et nous entendons les partisans du régime souhaiter réellement que le conflit devienne une guerre frontale entre l'armée iranienne et l'armée américaine. Si cela arrivait, ce régime n'en deviendrait que plus fort", prédit-il.
Et il résume sa pensée d'une phrase: "Quel que soit le vainqueur, l'issue sera tragique".
Un fatalisme partagé par Ensieh, une dentiste de Téhéran, qui dit "perdre un peu plus espoir chaque jour".
"Nous sommes pris en étau entre trois puissances devenues folles, et la guerre est terrifiante. Je sais que je ne serai plus jamais la même personne. La guerre a arraché une partie de moi, et elle ne reviendra pas", soupire la femme de 46 ans.
- Une répression qui se durcit
À Téhéran, "vous avez toutes les chances de passer par plusieurs checkpoints en une seule journée... Les voitures sont fouillées, les téléphones sont vérifiés", y compris les photos, les fichiers cachés, les applications et même les notes personnelles, relate Kaveh, un artiste de 38 ans.
Selon lui, des groupes liés aux forces de sécurité armées ont "pris le contrôle des rues", traversent Téhéran la nuit "en klaxonnant et en brandissant des drapeaux". Si un accord pour mettre fin à la guerre est conclu avec ce même pouvoir, "nous serons condamnés. Au minimum, nous devrons quitter l'Iran pendant deux ou trois ans, car ils se retourneront contre nous".
- L'option de fuir
Katayoon est récemment parvenue à quitter l'Iran pour passer en Turquie. A l'avant-veille de son départ, l'onde de choc d'une frappe aérienne l'a projetée hors de son lit.
Pourtant, explique la professeure de yoga, sa décision de partir vient surtout d'"avoir vécu dans la peur pendant au moins une décennie... de mon foulard qui tombe de ma tête dans la rue au fait de ne pas pouvoir enseigner au sexe opposé, ou de ne pouvoir jouir de libertés fondamentales".
"Il n'y a pas d'autre recours - les gens n'ont pas d'argent pour manger. La vie est devenue impossible".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.