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L'autodétermination kurde suscite la stupeur des Arabes irakiens


Dimanche 12 decembre 2010 à 16h29

BAGDAD, 12 déc 2010 (AFP) — La revendication d'un droit à l'autodétermination lancée par le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a suscité la stupeur des Arabes sunnites et chiites qui y voient le prélude à une scission de l'Irak.

"Le droit à l'autodétermination concerne les peuples sous occupation mais ce n'est pas le cas du Kurdistan qui jouit d'un statut spécial en Irak", a affirmé dimanche à l'AFP la députée Alia Noussayef, de la liste laïque Iraqiya soutenue par une majorité de sunnites.

"Je me demande si le fédéralisme réclamé par les Kurdes (durant les négociations sur la Constitution irakienne) visait en fait à former une région pour mieux se séparer de l'Irak", a-t-elle ajouté.

En ouvrant samedi à Erbil le 13e congrès du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), dont il est le chef, Massoud Barzani avait affirmé que "la question de l'autodétermination" serait soumise aux participants, "car nous considérons que nous avons droit à l'autodétermination".

Le congrès s'était ouvert en présence notamment du Premier ministre désigné Nouri al-Maliki et d'Iyad Allawi, chef de file d'Iraqiya.

"C'est honteux que tous les politiciens présents au congrès n'aient pas réagi", a déploré Alia Noussayef.

La consternation dominait également chez les partisans du chef radical chiite Moqtada Sadr. "Ces déclarations ne servent pas les intérêts de l'Irak et suscitent des tensions", a déclaré le député Jawad al-Hasnawi.

"Je crois qu'un Irak uni de Zakho (province du Kurdistan, ndlr) jusqu'à Bassora (sud du pays, ndlr) est bien meilleur qu'un Irak divisé. Les chefs politiques présents au congrès n'ont pas réagi pour ne pas mettre de l'huile sur le feu", a-t-il souligné.

Dimanche, le Premier ministre de la région kurde a enfoncé le clou. "Il y a un consensus au sein des Kurdes sur le fait qu'il est légal et légitime d'avoir le droit à l'autodétermination", a affirmé aux journalistes Barham Saleh.

Lors du débat sur la Constitution irakienne, "lorsque nous défendions l'idée d'un Irak fédéral, nous avons dit que c'était un forme d'expression du droit à l'autodétermination. Nous n'avons jamais abandonné ce droit", a-t-il ajouté.

Mais le député Khaled al-Assadi, de la liste de l'Etat de Droit dirigée par Nouri al-Maliki, s'est montré plus circonspect, en estimant qu'il s'agissait de "propos à consommation interne".

"L'autodétermination fait partie de l'ambition kurde et ils en parlent de temps en temps, mais je pense que les Kurdes sont assez sages pour ne pas quitter l'Irak", a-t-il confié.

En 1920, le traité de Sèvres prévoyait la création d'un Etat kurde sur les restes de l'Empire ottoman détruit, comme pour les autres peuples de la région.

Mais le traité de Lausanne de 1923, qui a remplacé le traité de Sèvres, a divisé le Moyen-Orient en plusieurs pays, sans prendre en compte le droit des Kurdes à disposer de leurs terres. Le Kurdistan se situe à cheval sur la Turquie, l'Irak, la Syrie et l'Iran.

Pour Hamid al Fadel, professeur de sciences politiques à l'Université de Bagdad, "les Kurdes se sentent aujourd'hui assez forts" et estiment que "c'est le bon moment pour réclamer l'autodétermination en raison des divisions parmi les Arabes irakiens entre sunnites et chiites".

"Je crois que les Kurdes n'ont jamais envisagé un Irak uni", assure-t-il.

Le PDK constitue la principale force politique du Kurdistan et la coalition qu'il forme avec l'UPK (Union patriotique du Kurdistan) est majoritaire au Parlement régional depuis les élections de 2009.

Après une première forme d'autonomie obtenue dans les années 1970, le Kurdistan, qui rassemble trois provinces du nord de l'Irak (Erbil, Dohouk et Souleimaniyeh), s'est véritablement émancipé de la tutelle de Bagdad après la guerre du Golfe, en 1991.

Le Kurdistan possède son propre Parlement et dispose de prérogatives étendues dans tous les domaines, à l'exception des Affaires étrangères et de la Défense.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.