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L'Irak, aspiré par la guerre au Moyen-Orient et pris entre deux feux


Dimanche 8 mars 2026 à 16h55

Bagdad, 8 mars 2026 (AFP) — Théâtre de conflits pendant des décennies, situé en plein coeur du Moyen-Orient, l'Irak a été entraîné dans la guerre déclenchée par une attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.

Bagdad avait pourtant dit ne pas vouloir être aspiré, après avoir longtemps été un terrain de confrontation par procuration entre les Etats-Unis et l'Iran, ses gouvernements successifs peinant à trouver un équilibre entre les deux rivaux.

Ni les Etats-Unis, ni Israël n'ont confirmé avoir lancé de frappes sur ce pays, mais ils sont accusés de l'avoir fait.

Les groupes pro-iraniens revendiquent, eux, des dizaines d'attaques contre "l'ennemi", mais ils nomment rarement leurs cibles.

Qui sont aujourd'hui les principaux acteurs du volet irakien de la guerre et quelles sont leurs cibles?

- Les groupes soutenus par Téhéran

L'Iran exerce une influence considérable sur la politique irakienne et soutient des groupes armés qui sont inscrits sur la liste noire américaine des organisations "terroristes".

Certains de ces groupes occupent des sièges au Parlement et ont un grand poids politique et financier.

Lorsque la guerre semblait inéluctable, ils ont juré de défendre l'Iran. Quand elle a éclaté, ils ont été les premières cibles des frappes attribuées aux Etats-Unis et à Israël.

Ils disposent de brigades qui opèrent au sein du Hachd al-Chaabi (Forces de mobilisation populaire), ancienne alliance paramilitaire créée en 2014 pour combattre les jihadistes, aujourd'hui intégrée aux forces armées.

Mais ces factions ont la réputation d'agir de leur propre chef et se rassemblent sous la bannière vague de la "Résistance islamique en Irak".

Elles comprennent notamment le Kataëb Hezbollah, le mouvement al-Noujaba, les brigades Sayyed al-Chouhada et Kataëb Imam Ali.

Les bases qui hébergent ces groupes ont été frappées à plusieurs reprises à travers le pays, surtout les sites du Kataëb Hezbollah.

- Quelles sont leurs cibles américaines?

Ces factions ont déclaré qu'elles viseraient les bases américaines.

De fait, "la Résistance islamique en Irak" affirme chaque jour avoir mené des dizaines d'attaques contre "l'ennemi" en Irak et dans la région, sans détailler.

L'aéroport international de Bagdad, qui abrite une installation diplomatique américaine, a été visé plusieurs fois par des drones et des roquettes.

L'ambassade américaine a elle aussi essuyé des tirs de roquettes.

Des champs pétrolifères exploités par des compagnies étrangères ont été frappés à Bassora, dans le sud, ainsi que dans la région autonome du Kurdistan, au nord.

La région autonome du Kurdistan, qui accueille des troupes américaines, notamment à l'aéroport d'Erbil, la capitale, a été une cible majeure.

Les défenses aériennes américaines interceptent désormais presque quotidiennement des drones dans le ciel d'Erbil, qui abrite également un vaste complexe du consulat américain.

Au moins deux hôtels ont aussi été pris pour cible par des drones au Kurdistan.

- Les combattants kurdes face à Téhéran

Le Kurdistan irakien abrite des sites de groupes rebelles kurdes iraniens, qui ont formé une alliance pour renverser le pouvoir à Téhéran.

L'Iran accuse ces groupes de servir les intérêts occidentaux ou israéliens et les a frappés à plusieurs reprises.

Ils comprennent notamment le Parti de la vie libre au Kurdistan (PJAK, de tendance de gauche), et le Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI, tendance nationaliste).

Ces groupes espèrent parvenir à l'autodétermination kurde en Iran, mais ils divergent sur la forme que celle-ci devrait prendre.

Ils sont prêts à s'allier avec les Etats-Unis pour y parvenir: Amir Karimi, co-commandant du PJAK, a déclaré à l'AFP qu'un "dialogue" avait été établi avec eux.

Téhéran a menacé de viser "toutes les installations" au Kurdistan si des combattants franchissaient la frontière irano-irakienne à partir de cette région.

Le président américain Donald Trump a déclaré qu'il ne souhaitait pas que les Kurdes lancent une offensive contre l'Iran.

- Et les autorités?

Elles semblent prises entre deux feux.

Elles insistent sur le fait que le territoire ne doit pas servir de base pour lancer des attaques contre les pays voisins, mais les événements semblent s'enchaîner hors de tout contrôle.

Elles ont condamné l'attaque "terroriste" contre l'ambassade américaine et ont par ailleurs démenti les informations selon lesquelles le Kurdistan pourrait soutenir une incursion en Iran.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.