
Mardi 13 janvier 2026 à 20h59
Paris (France), 13 jan 2026 (AFP) — La jihadiste Émilie König, considérée comme "l'égérie" française de l'organisation État islamique (EI) en Syrie, sera jugée fin novembre devant la cour d'assises spéciale de Paris pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.
Selon des éléments du réquisitoire définitif obtenus par l'AFP, le parquet national antiterroriste (Pnat) reproche à cette femme née à Lorient (Morbihan) d'être sciemment restée sur place pendant les pires exactions de l'EI en zone irako-syrienne, et d'y avoir agi comme "recruteuse, entremetteuse et propagandiste".
Des juges d'instruction parisiens avaient décidé son renvoi en septembre, conformément aux réquisitions du Pnat. Les dates du procès viennent d'être fixées, du 26 au 30 novembre 2026, a indiqué une source judiciaire.
Émilie König, présentée par le Pnat comme une "véritable égérie" du groupe EI, a passé dix ans en Syrie, dont cinq détenue. Elle est incarcérée en France depuis son rapatriement en juillet 2022.
En 2014, l'ONU l'avait placée sur sa liste des combattants les plus dangereux, relevant notamment des vidéos où elle s'entraînait au maniement d'un fusil et encourageait "à commettre des actes violents" dans l'Hexagone contre des institutions ou des épouses de militaires.
Le Pnat estime qu'Émilie König a "massivement alimenté" ses réseaux sociaux de messages pro-EI. Il lui prête "une influence voire une implication dans le départ de certaines femmes" vers la zone irako-syrienne.
- "Police de la charia" -
Le Pnat, qui fait état de son "idéologie extrêmement radicale", assure qu'elle avait manifesté à l'époque le souhait de combattre, d'intégrer la "police de la charia pour femmes" au service "des exécutions" puis des "interrogatoires" et même de mourir en martyr.
En avril 2017, Émilie König écrit à sa mère: "Si je reviens en France, (...) c'est pour me faire SAUTER sur les ennemis d'Allah, T'AS BIEN COMPRIS, comme mes frères au Bataclan, comme au stade de France".
Après une radicalisation progressive, cette Bretonne était partie en Syrie en 2012, sans ses deux enfants nés en France, pour rejoindre un homme épousé religieusement, issu d'une filière jihadiste nîmoise, et tué par la suite dans une offensive de l'EI.
Sur place, elle a eu trois autres enfants nés en 2015 et 2017, "répondant au projet social et démographique prôné par l'EI", selon le parquet.
Fin 2017, au moment où l'EI est en pleine déroute, Émilie König est arrêtée par les forces kurdes qui la placent dans un camp de prisonniers jihadistes du nord-est de la Syrie.
- "Regrets" -
Rencontrée par l'AFP dans le camp de Roj en avril 2021, soit trois mois après le départ de ses enfants vers la France où ils ont été placés, elle disait vouloir "reprendre une vie professionnelle" et récupérer ses enfants, exprimait des "regrets", tout en imaginant échapper à la prison, car elle n'aurait "pas de sang sur les mains".
Début juillet 2022, elle a été rapatriée parmi un groupe de 16 mères françaises, lors d'un premier retour massif de femmes et d'enfants français depuis la chute en 2019 du "califat" de l'EI.
"Émilie Konig attend avec impatience (son procès) pour répondre aux questions de la cour d'assises avec la plus grande sincérité comme elle l'a fait tout au long de l'instruction", a expliqué à l'AFP son avocat Emmanuel Daoud, en soulignant qu'elle avait "coopér(é) sans réserve aucune".
"Son parcours est celui d'une jeune femme brisée sous l'emprise de plusieurs hommes et sans choix aucun, une fois qu'elle est tombée entre les mains de l'État islamique", a-t-il affirmé.
En octobre, il avait expliqué à l'AFP qu'elle n'était "plus la même femme", assurant qu'"elle n'est plus radicalisée".
"Tout au long de ces années, elle n'a eu qu'un objectif: protéger et sauver ses enfants et cela dans des conditions extrêmes", a encore assuré mardi Me Daoud.
Néanmoins, le conseil départemental du Morbihan, qui joue le rôle de tuteur de ses trois enfants mineurs, a porté plainte en 2024 contre elle pour des violences psychologiques et physiques dénoncées par ces derniers. Ils ont notamment été "témoins sur place d'atrocités" comme des décapitations, selon Jean-Guillaume Le Mintier, l'avocat du département.
Une autre femme comparaîtra avec Émilie König, pour le délit connexe d'association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme. Libre sous contrôle judiciaire, elle est soupçonnée de lui avoir apporté un appui logistique et financier.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.