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L'armée syrienne revendique la prise d'une ville stratégique tenue par les Kurdes


Dimanche 18 janvier 2026 à 01h31

Dayr Hafir (Syrie), 18 jan 2026 (AFP) — L'armée syrienne a affirmé dans la nuit de samedi à dimanche avoir pris le contrôle d'une localité stratégique du nord, sur la route de Raqa, nouvelle étape dans sa progression face aux forces kurdes qui jouissaient d'une autonomie de facto depuis plus de dix ans dans la région.

Un peu plus d'un an après son arrivée au pouvoir, le président islamiste Ahmad al-Chareh étend son emprise sur de nouveaux pans du pays, après avoir accordé vendredi des droits nationaux inédits aux Kurdes, mais jugés insuffisant par les autorités représentant cette minorité.

Face à l'impasse dans les négociations du pouvoir central avec les Kurdes, qui contrôlent une partie du nord et du nord-est de la Syrie, les forces gouvernementales syriennes ont délogé leurs combattants de quartiers d'Alep la semaine dernière, puis les ont sommés de se retirer de zones à l'est de cette ville.

Après avoir bombardé vendredi des positions kurdes, l'armée a progressé tout au long de la journée de samedi et les autorités de Damas ont annoncé tôt dimanche matin contrôler la ville de Tabqa, dans la province de Raqa, qui selon les forces kurdes n'était pas englobée dans l'accord de retrait.

"L'armée syrienne contrôle la ville stratégique de Tabqa dans la région de Raqa, y compris le barrage sur l'Euphrate qui est le plus grand de Syrie", a déclaré le ministre de l'Information Hamza Moustafa, cité par l'agence Sana.

Cette dernière a diffusé une vidéo montrant selon elle des véhicules des forces syriennes entrant dans cette localité, où l'armée avait indiqué auparavant avoir encerclé les combattants kurdes retranchés dans un aéroport militaire.

Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), bras armé des Kurdes, ont cependant assuré avoir assuré avoir "pris les mesures nécessaires pour restaurer la sécurité et la stabilité" dans cette localité située à une quarantaine de kilomètres de Raqa.

Raqa, dans la province du même nom, était considérée comme la capitale du groupe jihadiste Etat islamique avant qu'il ne soit défait par les FDS soutenues par une coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis.

- "Premier pas" -

Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) avait pourtant exhorté samedi les forces syriennes à cesser toute attaque dans la zone située entre Alep et Tabqa, appelant à "une coopération étroite entre les partenaires syriens".

Dès vendredi matin, les correspondants de l'AFP ont vu l'armée entrer dans la ville de Deir Hafer, à une cinquantaine de kilomètres à l'est d'Alep, tandis que les combattants kurdes s'en retiraient.

Dans la localité de Maskana, l'armée a été acclamée par les habitants, en majorité arabes. "Ce jour est le premier jour de notre libération", a déclaré à l'AFP un habitant, Ahmad al-Faraj.

L'armée a annoncé la mort de deux soldats dans une attaque des forces kurdes, tandis que ces dernières ont assuré avoir perdu plusieurs de leurs combattants dans une attaque de l'armée.

Ahmad al-Chareh, un ex-jihadiste, qui a renversé en décembre 2024 Bachar al-Assad et a promis d'unifier un pays déchiré par la guerre civile (2011-2024), avait annoncé vendredi soir reconnaître par décret les droits nationaux des Kurdes. Leur langue sera désormais officielle, une décision historique dans le pays où cette minorité est estimée à quelque deux millions sur une population de 20 millions d'habitants.

L'administration autonome kurde du nord de la Syrie a estimé que ce décret constituait "un premier pas mais ne satisfai(sai)t pas les aspirations et les espoirs du peuple kurde".

- "Dans la Constitution" -

Le pouvoir a conclu en mars dernier un accord avec les Kurdes pour intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat, mais son application bute sur les exigences contradictoires des deux parties, toutes deux soutenues par Washington.

Samedi, le chef des puissantes FDS Mazloum Abdi a rencontré à Erbil, dans le nord de l'Irak, l'émissaire américain Tom Barrack ainsi que Nechirvan Barzani, le président de la région autonome du Kurdistan en Irak.

Les Kurdes sont une minorité notamment répartie entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran.

Ils ont souffert de décennies de marginalisation et d'oppression des régimes précédents en Syrie.

"Nous voulons que les droits du peuple kurde, l'apprentissage de la langue ainsi que la représentation politique et militaire soient reconnus dans la Constitution", affirme à l'AFP Chebal Ali, 30 ans, un habitant de la ville kurde de Qamichli.

Nanar Hawach, analyste sur la Syrie à l'International Crisis Group, estime que le décret du président Chareh "accorde des concessions culturelles tout en consolidant le contrôle militaire".

"Il ne répond pas aux revendications du nord-est en matière d'autogouvernance", explique-t-il à l'AFP, ajoutant que le président est d'accord avec "l'idée d'accorder des droits culturels, mais trace une ligne rouge lorsqu'il s'agit du partage du pouvoir".

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.