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L'armée syrienne étend son contrôle sur le nord du pays face aux forces kurdes


Samedi 17 janvier 2026 à 19h33

Dayr Hafir (Syrie), 17 jan 2026 (AFP) — L'armée syrienne a pris samedi le contrôle de zones du nord de la Syrie, évacuées sous sa pression par les forces kurdes qui y jouissaient d'une autonomie de facto depuis plus de dix ans, et poursuivait sa progression dans la région.

Le président islamiste Ahmad al-Chareh étend son emprise sur de nouveaux pans du pays, au lendemain d'un décret accordant des droits nationaux à la minorité kurde, mais jugé insuffisant par les autorités kurdes.

Face à l'impasse dans les négociations du pouvoir central avec les Kurdes, qui contrôlent une partie du nord et du nord-est de la Syrie, les forces gouvernementales syriennes ont délogé leurs combattants de quartiers d'Alep la semaine dernière, puis les ont sommés de se retirer de zones à l'est de cette ville.

Après avoir bombardé vendredi des positions kurdes, l'armée s'est déployée samedi matin, entrant dans la ville de Deir Hafer, à une cinquantaine de km à l'est d'Alep, selon les correspondants de l'AFP, alors que les combattants kurdes s'en retiraient.

Dans la localité de Maskana, l'armée a été acclamée par les habitants, en majorité arabes. "Aujourd'hui est le premier jour de notre libération", a déclaré à l'AFP un habitant, Ahmad al-Faraj.

L'armée a annoncé la mort de deux soldats dans "une attaque" des forces kurdes, tandis que ces dernières ont assuré avoir perdu plusieurs de leurs combattants dans une attaque de l'armée.

L'armée a ensuite dit être entrée dans la ville de Tabqa - dans la province de Raqa - qui selon les forces kurdes n'était pas englobée dans l'accord de retrait.

Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), bras armé des Kurdes, avaient auparavant ont fait état "de violents combats en cours" et de "bombardements" visant la province de Raqa sous contrôle kurde.

Les autorités kurdes ont imposé un couvre-feu dans cette province, où les forces gouvernementales ont annoncé leur intention de bombarder des objectifs.

La ville de Raqa, dans la province du même nom était la "capitale" du groupe jihadiste Etat islamique avant qu'il ne soit défait par les FDS soutenues par une coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis.

Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient(Centcom) a exhorté samedi les forces syriennes à cesser toute attaque dans la zone située entre Alep et Tabqa, appelant à "une coopération étroite entre les partenaires syriens".

- Le chef des FDS à Erbil -

M. al-Chareh, un ex-jihadiste, qui a renversé en décembre 2024 Bachar al-Assad, avait annoncé vendredi soir reconnaître par décret les droits nationaux des Kurdes: leur langue sera désormais officielle, une décision historique dans le pays où cette minorité est estimée à quelque deux millions sur une population de 20 millions d'habitants.

L'administration autonome kurde du nord de la Syrie a estimé que ce décret constituait "un premier pas mais ne satisfai(sai)t pas les aspirations et les espoirs du peuple kurde".

Durant le chaos de la guerre civile (2011-2024), les FDS se sont emparées de vastes territoires du nord et du nord-est, incluant champs pétroliers et gaziers.

Les autorités syriennes ont annoncé avoir repris samedi le contrôle de deux champs pétroliers.

Le pouvoir a conclu en mars dernier un accord avec les Kurdes pour intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat, mais son application bute sur les exigences contradictoires des deux parties, toutes deux soutenues par Washington.

Samedi, le chef des puissantes FDS Mazloum Abdi a rencontré à Erbil dans le nord de l'Irak l'émissaire américain Tom Barrack, ainsi que Nechirvan Barzani, le président de la région autonome du Kurdistan en Irak.

- "Dans la Constitution" -

Les Kurdes sont une minorité notamment répartie entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran.

Ils ont souffert de décennies de marginalisation et d'oppression des régimes précédents en Syrie.

"Nous voulons que les droits du peuple kurde, l'apprentissage de la langue ainsi que la représentation politique et militaire soient reconnus dans la Constitution", affirme à l'AFP Chebal Ali, 30 ans, un habitant de la ville kurde de Qamichli.

A Damas, Yara, une artiste kurde qui ne veut pas donner son nom de famille, estime elle aussi que "le gouvernement doit donner des garanties pour obtenir la confiance des Kurdes".

Nanar Hawach, analyste sur la Syrie à l'International Crisis Group, estime que le décret du président Chareh "accorde des concessions culturelles tout en consolidant le contrôle militaire".

"Il ne répond pas aux revendications du nord-est en matière d'autogouvernance", explique-t-il à l'AFP, ajoutant que le président est d'accord avec "l'idée d'accorder des droits culturels, mais trace une ligne rouge lorsqu'il s'agit du partage du pouvoir".

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.