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L'armée syrienne étend son contrôle de zones du nord de la Syrie, les Kurdes font état de combats


Samedi 17 janvier 2026 à 17h51

Dayr Hafir (Syrie), 17 jan 2026 (AFP) — L'armée syrienne a pris samedi le contrôle de zones du nord de la Syrie, évacuées sous pression par les forces kurdes, et menacé de bombarder la province de Raqa où les autorités kurdes ont imposé un couvre-feu.

Le président islamiste Ahmad al-Chareh étend ainsi son emprise sur de nouveaux pans du pays, au lendemain d'un décret accordant des droits nationaux à la minorité kurde, que les autorités kurdes ont jugé insuffisant.

Face à l'impasse dans ses négociations avec les Kurdes qui contrôlent une partie du nord et du nord-est de la Syrie, Ahmad al-Chareh a délogé les combattants kurdes de quartiers d'Alep la semaine dernière, puis les a sommés de se retirer de zones à l'est de cette ville.

Après avoir bombardé vendredi des positions kurdes, l'armée s'est déployée samedi matin, à commencer par la ville de Deir Hafer, à une cinquantaine de km à l'est d'Alep, selon les correspondants de l'AFP, alors que les combattants kurdes se retiraient.

Dans la localité de Maskana, l'armée a été acclamée par les habitants, en majorité arabes. "Aujourd'hui est le premier jour de notre libération", a déclaré à l'AFP un habitant, Ahmad al-Faraj.

L'armée a indiqué que deux soldats ont été tués dans "une attaque" menée par les forces kurdes, alors que les Forces Démocratiques Syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) ont assuré avoir perdu plusieurs de leurs combattants dans une attaque de l'armée.

Les FDS ont fait état "de violents combats en cours" et de "bombardements" visant la province de Raqa sous contrôle kurde, tout en accusant les forces gouvernementales de pousser vers Tabqa, qui selon elles n'était pas englobée par l'accord de retrait.

Les autorités kurdes ont imposé un couvre-feu sur la province de Raqa, alors que les forces gouvernementales ont annoncé leur intention de bombarder des objectifs dans cette zone.

La ville de Raqa, dans la province éponyme, était la "capitale" du groupe jihadiste Etat islamique avant qu'il soit défait par les FDS soutenues par une coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis.

- Le chef des FDS à Erbil -

M. al-Chareh, un ex-jihadiste, a renversé en décembre 2024 Bachar al-Assad et se dit déterminé à étendre son autorité sur l'ensemble du territoire national.

Dans le même temps, il a annoncé vendredi soir reconnaître par décret les droits nationaux des Kurdes dont la langue sera désormais officielle, une décision historique dans le pays où cette minorité est estimée à quelque deux millions sur une population de 20 millions d'habitants.

L'administration autonome kurde du nord de la Syrie a estimé que ce décret constituait "un premier pas mais ne satisfait pas les aspirations et les espoirs du peuple kurde".

Durant le chaos de la guerre civile (2011-2024), les FDS se sont emparées de vastes territoires du nord et du nord-est, incluant champs pétroliers et gaziers.

Le pouvoir a conclu en mars dernier un accord avec les Kurdes pour intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat, mais son application bute sur les exigences contradictoires des deux parties, toutes deux soutenues par les Etats-Unis.

Samedi, le chef des puissantes FDS Mazloum Abdi a rencontré à Erbil dans le nord de l'Irak l'émissaire américain Tom Barrack, ainsi que Nechirvan Barzani, le président de la région autonome du Kurdistan en Irak.

Le président Emmanuel Macron et M. Barzani ont appelé à "la désescalade immédiate", a annoncé la présidence française.

- Dans la Constitution -

Les Kurdes sont une minorité notamment répartie entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran.

Ils ont souffert de décennies de marginalisation et d'oppression des régimes précédents en Syrie.

"Nous voulons que les droits du peuple kurde, l'apprentissage de la langue ainsi que la représentation politique et militaire soient reconnus dans la Constitution", affirme à l'AFP Chebal Ali, 30 ans, un habitant de la ville kurde de Qamichli.

A Damas, Yara, une artiste kurde qui ne veut pas donner son nom de famille, estime elle aussi que "le gouvernement doit donner des garanties pour obtenir la confiance des Kurdes".

"Il n'est pas facile pour nous de renoncer à nos armes et nos territoires sans une véritable participation" qui serait spécifiée par la Constitution, ajoute cette femme de 42 qui habite dans le quartier à majorité kurde de Rukneddine.

Nanar Hawach, analyste sur la Syrie à l'International Crisis Group, estime que le décret du président Chareh "accorde des concessions culturelles tout en consolidant le contrôle militaire".

"Il ne répond pas aux revendications du nord-est en matière d'autogouvernance", explique-t-il à l'AFP, ajoutant que le président est d'accord avec "l'idée d'accorder des droits culturels, mais trace une ligne rouge lorsqu'il s'agit du partage du pouvoir".

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.