
Mercredi 7 janvier 2026 à 14h32
Alep (Syrie), 7 jan 2026 (AFP) — L'armée syrienne bombarde mercredi après-midi à l'artillerie les deux quartiers kurdes de la ville d'Alep (nord), après la fin du délai accordé à leurs habitants pour évacuer, selon un journaliste de l'AFP sur place.
Les forces armées syriennes avaient décrété que ces quartiers seraient considérés comme une "zone militaire" à partir de 15h00 (12h00 GMT), et établi deux "couloirs humanitaires", que des milliers de civils ont emprunté pour fuir avant l'heure butoir, selon des journalistes de l'AFP.
Les affrontements entre les forces gouvernementales qui tiennent la ville d'Alep et des combattants kurdes retranchés dans les quartiers de Cheikh Maqsoud et Achrafieh ont éclaté mardi et fait neuf morts.
Ils sont les plus violents entre le pouvoir syrien et les forces kurdes, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurde au sein du nouvel Etat syrien.
Des correspondants de l'AFP ont vu un grand nombre de familles, avec des enfants, fuyant les quartiers kurdes de la deuxième ville de Syrie. Les civils étaient chargés de bagages et certains étaient en pleurs.
"Nous avons fui Cheikh Maksoud, mais nous ne savons pas où aller", dit à l'AFP Ahmad, un homme de 38 ans qui porte son fils sur le dos. "Quatorze ans de guerre, cela suffit".
- "Guerre génocidaire" -
"Nous avons été forcés de partir car la situation est très difficile", affirme pour sa part Ammar Raji, qui porte son chat sous le bras.
"J'ai six enfants, dont deux en bas âge", explique cet homme de 41 ans, qui a fui Achrafieh où il vivait depuis six ans, après avoir été forcé de fuir les combats dans sa région de Manbej, dans la province d'Alep.
L'armée avait prévenu que "toutes les positions des Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) dans les quartiers d'Achrafieh et Cheikh Maqsoud constitueront une cible légitime" après 12H00 GMT, appelant les habitants à s'en éloigner.
Une haute responsable kurde, Elham Ahmed, a accusé les autorités syriennes de mener "une guerre génocidaire" contre les Kurdes, les appelant à "résoudre les problèmes à travers le dialogue".
Face aux violences, les autorités avaient décidé mardi soir de suspendre pour 24 heures tous les vols de l'aéroport et de fermer mercredi les écoles, universités et services gouvernementaux à Alep, deuxième ville de Syrie.
- Souvenirs de guerre -
Les affrontements "nous ont rappelé la guerre. Nous n'avons nulle part où fuir", a déclaré à l'AFP Joud Serjian, une mère de famille de 53 ans habitant le quartier syriaque, sous contrôle gouvernemental.
Au cours de la guerre civile (2011-2024), Alep avait connu de violents combats avant que les forces du président Bachar al-Assad reprennent le contrôle des quartiers tenus par les rebelles fin 2016, provoquant l'exode d'une partie de leurs habitants.
Parallèlement aux bombardements, les forces de sécurité kurdes ont annoncé avoir "déjoué une tentive d'infiltration à l'aide de chars" de l'armée syrienne en direction des quartiers kurdes.
Les autorités syriennes ont pour leur part accusé les forces kurdes de bombarder des zones sous leur contrôle.
Le représentant de l'autorité autonome kurde à Damas, Abdel Karim Omar, a démenti tout bombardement depuis les quartiers kurdes, soulignant qu'ils sont tenus par les forces de sécurité intérieures kurdes (Assayish) "qui ne disposent que d'armes légères".
En avril, des centaines de combattants des FDS s'étaient retirés des deux quartiers kurdes, en vertu d'un accord conclu avec Damas, laissant sur place les Assayish.
Les Kurdes, une importante minorité ethnique en Syrie, contrôlent de vastes étendues dans le nord-est du pays, riches en pétrole et en blé.
Soutenues par les Etats-Unis, les FDS ont été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique, défait en Syrie en 2019.
Les négociations entre les Kurdes et le nouveau pouvoir islamiste syrien pour appliquer l'accord sur l'intégration de leurs institutions au sein du nouveau pouvoir islamiste sont dans l'impasse en raison des exigences des deux parties.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.