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Kurdistan d'Irak: arrestation d'une figure de l'opposition après des affrontements meurtriers


Vendredi 22 août 2025 à 15h32

Bagdad, 22 août 2025 (AFP) —

Une opération lancée vendredi au Kurdistan d'Irak pour interpeller une figure de l'opposition issue d'un des deux clans au pouvoir a dégénéré en violents affrontements, faisant trois morts parmi les forces de l'ordre.

Issu du clan Talabani mais tombé en disgrâce, Lahur Sheikh Jangi était autrefois un cadre de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), un des deux partis historiques kurdes qui contrôle Souleimaniyeh, deuxième ville de la région autonome du nord de l'Irak.

Un correspondant de l'AFP a vu des volutes de fumée s'élever du secteur: après plusieurs heures de combats à l'artillerie lourde, autour d'un hôtel dans un quartier huppé de la ville où il s'était retranché avec sa garde rapprochée, M. Jangi "s'est rendu" et "son frère Bolad a été blessé à la jambe et arrêté", a indiqué à l'AFP un responsable sécuritaire.

L'assaut a été donné avant l'aube. Des affrontements ont éclaté avec des dizaines de combattants armés qui protégeaient les deux frères, les tirs retentissant dans toute la ville.

Les heurts ont fait trois morts dans les rangs des forces de l'ordre: "un appartenant aux Opérations (spéciales) des Assayich, un des services antiterroristes et un autre des forces +Commandos+", a dit à l'AFP un autre responsable sécuritaire.

Les services de sécurité ont assuré avoir "arrêté tous les hommes armés qui ont confronté nos forces", précisant dans un communiqué que le calme était revenu dans la ville.

- "Hors-la-loi" -

Cultivant de bons rapports avec les chancelleries occidentales, les deux grands partis au pouvoir au Kurdistan irakien présentent leur région comme une oasis de stabilité, mais militants et opposants dénoncent régulièrement corruption, arrestations arbitraires et atteintes à la liberté de la presse et de manifestation.

Le Front populaire, parti de M. Jangi, a fustigé une arrestation "hors-la-loi" et le recours à "des drones, des chars et l'artillerie lourde".

Le communiqué appelle ambassades, autorités régionales et gouvernement à Bagdad à "ne pas rester silencieux."

Interrogé par l'AFP, le porte-parole du tribunal de Souleimaniyeh, le juge Salah Hassan, a déclaré qu'un mandat d'arrêt avait été émis jeudi à l'encontre de M. Jangi et plusieurs autres "pour conspiration visant à porter atteinte à la sécurité et à la stabilité".

Il a précisé qu'il encourait sept ans de prison s'il était reconnu coupable.

Dès 2021, des dissensions sont apparues entre la fratrie de Lahur Sheikh Jangi et ses deux cousins, Bafel et Qubad Talabani. Il a progressivement été éloigné des cercles du pouvoir.

Né en 1975, M. Jangi a fondé et dirigé pendant plus d'une décennie le service antiterroriste kurde de Souleimaniyeh, avant de présider une agence du Renseignement affiliée à l'UPK.

Il a également brièvement coprésidé l'UPK aux côtés de Bafel.

L'ambassade américaine s'est dite "opposée à toute violence menaçant la sûreté publique et la stabilité", invitant toutes les parties "à la retenue."

La mission de l'ONU en Irak a appelé à "éviter toute action mettant en danger les vies civiles", appelant à "respecter les droits humains et garantir une justice équitable et impartiale."

- "Neutraliser ses adversaires" -

Mi-août, un autre parti d'opposition a été visé par une arrestation: Shaswar Abdulwahid, fondateur de "Nouvelle Génération", a été interpellé à Souleimaniyeh dans le cadre d'une affaire judiciaire.

Des interpellations à quelques mois des législatives de novembre, organisées par l'Irak fédéral pour le Parlement de Bagdad, où siègent les partis kurdes.

Pour le politologue Adel Bakawan, c'est une manière pour l'UPK de "neutraliser ses deux adversaires les plus importants", qui auraient pu rafler des sièges à la formation "en capitalisant sur la colère" des électeurs.

Selon l'analyste, bien qu'il ait été évincé, Lahur Sheikh Jangi ne s'était pas "totalement détaché de la base militante" de l'UPK. Il gardait des liens avec les sphères "économique, sécuritaire et militaire" du parti --de quoi "gêner la domination de la nouvelle direction, représentée par Bafel".

Depuis la capitale régionale Erbil, la présidence du Kurdistan a jugé "nécessaire de résoudre tous les différends et les problèmes par les voies légales et sans recours à la violence."

Dominant les autorités à Erbil, l'autre poids lourd de la politique kurde, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), est régulièrement à couteaux tirés avec l'UPK et les Talabani. Son bilan en matière des droits humains est aussi critiqué.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.