Vendredi 22 août 2025 à 13h35
Bagdad, 22 août 2025 (AFP) —
L'opération lancée vendredi au Kurdistan d'Irak pour interpeller une figure de l'opposition issue d'un des deux clans au pouvoir a dégénéré en violents affrontements, faisant trois morts parmi les forces de l'ordre.
Issu du clan Talabani mais tombé en disgrâce, Lahur Sheikh Jangi était autrefois un cadre de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), un des deux partis historiques kurdes, qui contrôle Souleimaniyeh, deuxième ville de la région autonome du nord de l'Irak.
Un correspondant de l'AFP a vu des volutes de fumée s'élever du secteur. Après plusieurs heures de combats à l'artillerie lourde autour d'un hôtel dans un quartier huppé de la ville, où il s'était retranché avec sa garde rapprochée, M. Jangi "s'est rendu" tandis que "son frère Bolad a été blessé à la jambe et arrêté", a indiqué à l'AFP un responsable sécuritaire.
L'assaut a été donné avant l'aube. Les affrontements ont alors éclaté avec des dizaines de combattants armés qui protégeaient les deux frères, les tirs retentissant dans toute la ville.
Les heurts ont fait trois morts dans les rangs des forces de sécurité: "un appartenant aux Opérations (spéciales) des Assayich, un des services antiterroristes et un autre des forces +Commandos+", a dit à l'AFP un autre responsable sécuritaire, faisant état de 19 blessés et s'exprimant sous couvert d'anonymat en raison de la sensibilité du sujet.
Les services antiterroristes de Souleimaniyeh ont confirmé la mort d'un de leurs membres dans ces combats.
- "Hors-la-loi" -
Cultivant de bons rapports avec les chancelleries occidentales, les deux grands partis au pouvoir au Kurdistan irakien présentent leur région comme une oasis de stabilité, mais militants et opposants dénoncent régulièrement corruption, arrestations arbitraires et atteintes à la liberté de la presse et de manifestation.
Le Front populaire, parti de M. Jangi, a fustigé une arrestation "hors-la-loi" et le recours à "des drones, des chars et l'artillerie lourde".
Le communiqué appelle les ambassades, les autorités régionales et le gouvernement à Bagdad à "ne pas rester silencieux."
Interrogé par l'AFP, le porte-parole du tribunal de Souleimaniyeh, le juge Salah Hassan, a déclaré qu'un mandat d'arrêt avait été émis jeudi à l'encontre de M. Jangi et plusieurs autres personnes "pour conspiration visant à porter atteinte à la sécurité et à la stabilité".
Il a précisé qu'il encourait sept ans de prison s'il était reconnu coupable.
Dès 2021, des dissensions sont apparues entre la fratrie de Lahur Sheikh Jangi et ses deux cousins, Bafel et Qubad Talabani. Il a progressivement été éloigné du pouvoir et des postes sécuritaires qu'il avait occupés.
Né en 1975, M. Jangi a fondé et dirigé pendant plus d'une décennie le service antiterroriste kurde de Souleimaniyeh, avant de présider une agence du Renseignement affiliée à l'UPK.
Il a également brièvement coprésidé l'UPK aux côtés de Bafel.
- "Neutraliser ses adversaires" -
Mi-août, un autre parti d'opposition a été visé par une arrestation: Shaswar Abdulwahid, fondateur de "Nouvelle Génération", a été interpellé à son domicile à Souleimaniyeh dans le cadre d'une affaire judiciaire.
Des interpellations à quelques mois des législatives de novembre, organisées par l'Irak fédéral pour le Parlement de Bagdad, où siègent les partis kurdes.
Pour le politologue Adel Bakawan, c'est une manière pour l'UPK de "neutraliser ses deux adversaires les plus importants", qui auraient pu rafler des sièges à la formation "en capitalisant sur la colère" des électeurs.
Selon l'analyste, bien qu'il ait été évincé, Lahur Sheikh Jangi ne s'était pas "totalement détaché de la base militante" de l'UPK. Il gardait des liens avec les sphères "économique, sécuritaire et militaire" du parti --de quoi "gêner la domination de la nouvelle direction, représentée par Bafel".
Depuis la capitale régionale Erbil, la présidence du Kurdistan a jugé "nécessaire de résoudre tous les différends et les problèmes par les voies légales et sans recours à la violence."
Dominant les autorités à Erbil, l'autre poids lourd de la politique kurde, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), est régulièrement à couteaux tirés avec l'UPK et les Talabani. Et n'est pas exempt de critiques.
Mardi, alors qu'il devait être libéré après cinq années de détention, le journaliste opposant Sherwan Sherwani a été condamné à plus de quatre ans de prison pour avoir, selon la justice, menacé un officier du personnel pénitentiaire.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.