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Kurdes/Turquie: Barzani ne menacera pas Ankara si elle ne le menace pas


Mardi 8 mai 2007 à 15h21

BRUXELLES, 8 mai 2007 (AFP) — Le leader kurde irakien Massoud Barzani s'est défendu mardi à Bruxelles de menacer Ankara d'intervenir dans la question sensible de la minorité kurde de Turquie, mais a averti la Turquie qu'il ne tolérerait de sa part aucune menace.

M. Barzani était interrogé par des eurodéputés sur des propos qu'il avait tenus début avril. Il avait alors menacé Ankara d'intervenir dans la question sensible de la minorité kurde de Turquie si les autorités turques s'opposaient au projet de rattacher la ville pétrolifère de Kirkouk à la région autonome kurde d'Irak qu'il dirige.

La presse turque avait cité M. Barzani affirmant que si la Turquie "interfère dans (le dossier de) Kirkouk pour seulement quelques milliers de Turkmènes, alors nous agirons au sujet des 30 millions de Kurdes en Turquie".

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan lui avait répondu en prévenant les Kurdes d'Irak du "coût très élevé" que pourrait avoir pour eux une attitude hostile à l'égard de la Turquie.

"Nous sentons-nous menacés par la Turquie? Le langage de menaces n'a plus cours aujourd'hui, aujourd'hui le dialogue est constructif. Nous ne menaçons personne mais nous n'accepterons aucune menace de qui que ce soit non plus", a déclaré lundi M. Barzani.

Il a ajouté que s'il "sympathisait" avec les revendications des Kurdes hors d'Irak, les problèmes devaient être résolus "en fonction des circonstances particulières à chaque pays" et "nous n'encourageons pas le recours à la violence".

Il a également appelé Ankara à oeuvrer à une solution politique à la question des rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui sont plusieurs milliers à être réfugiés dans le nord irakien, selon la Turquie.

Ce problème "ne peut pas être résolu militairement" et "si la Turquie continue à chercher une solution militaire elle échouera", a-t-il ajouté, en estimant que la Turquie se servait parfois du PKK comme "prétexte".

Ankara craint que le rattachement de Kirkouk à la zone autonome kurde irakienne ne donne à celle-ci des moyens financiers suffisants pour proclamer son indépendance, une situation qui pourrait, selon les autorités turques, encourager le sécessionnisme des Kurdes de Turquie.

M. Barzani a par ailleurs souligné son refus de reporter le référendum sur ce rattachement de Kirkouk, estimant qu'il y avait "une sorte de complot contre les Kurdes pour retarder" cette consultation, prévue pour se tenir avant la fin 2007.

"Un retard serait une source de conflits et ne ferait que causer des problèmes pour l'avenir", a-t-il estimé.

Dans un rapport publié mi-avril, les experts de l'International Crisis Group recommandaient d'"annuler ou au moins reporter ce référendum" vu l'opposition des communautés arabe et turkmène de la ville. Ils estimaient que son maintien pourrait précipiter dans la guerre civile la région kurde d'Irak, calme jusqu'ici.

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Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.