
Mardi 10 mars 2026 à 12h26
Soran (Irak), 10 mars 2026 (AFP) — Lorsqu'un drone a éventré le toit de sa maison dans un rugissement assourdissant, Amine Poursaid, Kurde d'Iran réfugiée dans le nord de l'Irak, s'est résolue à fuir.
"Tout s'est effondré à l'intérieur", raconte Amine, épouse d'un activiste membre de l'opposition iranienne. Il lui a fallu un moment pour comprendre qu'un drone venait de les frapper, projetant des éclats de verre dans toute sa maison à Soran, petite ville du Kurdistan irakien blottie dans les monts Zagros, près de la frontière iranienne.
"J'en tremble encore", confie la mère de quatre enfants, âgée de 55 ans.
Dès le début de la guerre israélo-américaine contre l'Iran, la région autonome du Kurdistan irakien a été entraînée dans le conflit, Téhéran visant les factions armées de l'opposition kurde iranienne et leurs bases.
Le mari d'Amine, Taha Karimi, est membre du Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI), dont les positions ont été frappées à plusieurs reprises la semaine dernière.
Amine Poursaid a décidé que la famille devait quitter la région: désormais, même leurs voisins rechignent à leur louer un logement par crainte de nouvelles frappes.
Son mari est convaincu que leur maison a été délibérément visée par le drone iranien.
"Nous étions assis quand nous avons entendu une forte détonation. Je me suis précipité dehors pour découvrir qu'un drone avait touché la cour", raconte Taha Karimi, 58 ans.
"C'est un miracle que nous ayons survécu".
Après avoir inspecté les lieux, les forces de sécurité ont conclu que le drone avait été probablement guidé par GPS, suggérant que quelqu'un avait peut-être placé un traceur sur son camion.
"On peut s'attendre à tout de la part de l'Iran. Ils pourraient de nouveau nous viser".
- "Suicide" -
Ancien prisonnier politique en Iran, Taha Karimi espère un changement de régime qui, insiste-t-il, ne peut réussir qu'avec l'intervention de "forces terrestres".
Les partis kurdes "doivent s'unir et parler d'une seule voix pour que ce combat aboutisse", juge-t-il, décrivant la République islamique comme "un virus profondément enraciné".
Téhéran a menacé de frapper "toutes les infrastructures" de la région autonome du Kurdistan d'Irak si les combattants de l'opposition iranienne mettaient le pied en Iran.
Les relations entre le Kurdistan d'Irak et Téhéran s'étaient réchauffées ces dernières années, grâce aux efforts apportés par les autorités irakiennes pour contenir les groupes d'opposition kurdes iraniens.
Le journaliste kurde iranien Saleh Babashekh, 58 ans dont 36 passés en exil à Erbil, la capitale du Kurdistan d'Irak, craint désormais pour le territoire autonome: les bases américaines qui s'y trouvent sont régulièrement ciblées par les drones iraniens.
"Tout le monde redoute les drones et les missiles", confie-t-il. "Mais si la région devait être entraînée dans la guerre, ce serait un suicide", prévient-il.
"J'appartiens à cette communauté. Les autorités d'ici m'ont protégé, si elles sont en danger, je le suis aussi", ajoute Babashekh.
Le président américain Donald Trump a assuré samedi qu'il ne souhaitait pas l'implication des combattants kurdes dans la guerre, déjà "complexe".
Pour Mohsin Khalidi, poète kurde iranien de 63 ans, en exil à Erbil depuis 2004, le changement de régime est un "désir partagé" chez les Kurdes, mais leurs forces, à elles seules, n'y parviendront pas.
"L'Iran a des missiles, des drones, des bombes et n'a pas peur de tuer", souligne-t-il. "Le régime doit tomber, mais avec un plan précis et l'appui des grandes puissances".
Pour le moment, les Kurdes doivent "attendre la suite des événements", estime-t-il. Mais même si la République islamique devait tomber, lui-même ne bougera pas.
"Je resterai à Erbil jusqu'à mon dernier jour" assure-t-il.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.