Page Précédente

Iran: quatre hommes exécutés pour espionnage en faveur d'Israël


Lundi 29 janvier 2024 à 16h37

Paris, 29 jan 2024 (AFP) — Quatre membres de la minorité kurde d'Iran, accusés d'espionnage pour le compte d'Israël, ont été pendus lundi, malgré la campagne menée en leur faveur par des organisations de défense des droits humains, qui avaient qualifié leur procès d'inéquitable.

Les quatre hommes avaient été arrêtés le 23 juillet 2022 alors qu'ils préparaient une opération contre un centre du ministère de la Défense à Ispahan, grande ville du centre de l'Iran, pour le compte du Mossad, a indiqué l'agence Mizan Online de l'Autorité judiciaire.

Le ministère du Renseignement avait alors annoncé avoir "identifié un réseau d'agents de l'organisation sioniste d'espionnage, dont tous les membres avaient été arrêtés", selon Mizan.

Condamnés à mort en septembre 2023, ils ont été pendus lundi à l'aube.

Selon l'agence judiciaire, les quatre hommes avaient été recrutés par le Mossad, le service de renseignement extérieur d'Israël, "environ un an et demi avant l'opération". Ils avaient ensuite été envoyés dans des pays africains pour "des stages d'entraînement dans les centres militaires de ces pays".

Des officiers du Mossad étaient présents à ces formations, a précisé l'agence, qui n'a pas fait état de leur appartenance à l'ethnie kurde, très discriminée au sein de la République islamique et dont les membres sont condamnés à mort de manière disproportionnée, selon plusieurs organisations de défense des droits humains.

L'exécution des quatre hommes, tous âgés de moins de 30 ans, semblait imminente, alors que leurs proches avaient été convoqués dimanche pour une dernière rencontre avant leur pendaison à la prison de Ghezel Hesar, dans la ville de Karaj, proche de Téhéran.

Elle survient dans un contexte de recrudescence des pendaisons en Iran, où, selon les mêmes ONG, deux personnes ont été exécutées en moyenne chaque jour de janvier.

D'après Amnesty international, qui décrit les quatre hommes comme des "dissidents kurdes iraniens", la peine capitale avait été prononcée à leur encontre "à l'issue d'un procès secret manifestement inéquitable". Ils avaient également été contraints à des "aveux" à la télévision iranienne, selon Amnesty.

- 65 exécutions en 2024 -

Leur exécution "est fondée sur des aveux obtenus sous la torture et sans procès équitable. Elle est considérée comme une exécution extrajudiciaire", a déclaré Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur du groupe Iran Human Rights (IHR), basé en Norvège, qui évalue à 65 le nombre de détenus déjà pendus en 2024.

"Je ne pardonnerai ni n'oublierai ce qui s'est passé aujourd'hui!", a commenté sur X Joanna Taimasi, l'épouse d'un des quatre hommes, qui vit désormais hors d'Iran et qui a fait campagne ces derniers jours pour que leur vie soit épargnée.

Agés de 26 à 28 ans et originaires de régions à population kurde de l'ouest de l'Iran, ils avaient été "privés de leurs droits fondamentaux à une représentation juridique, à des visites et même à la communication avec leurs familles", a dénoncé l'association de défense des droits des Kurdes Hengaw.

"Même selon les normes de la République islamique d'Iran, les exigences minimales d'un procès équitable n'avaient pas été respectées dans leur cas", a regretté Hengaw.

Les mêmes critiques ont été formulées la semaine dernière après que Mohammad Ghobadlou eut été pendu, alors que ce jeune Iranien souffrait de "problèmes mentaux" et que le jugement le concernant avait été annulé.

Iran et Israël se livrent depuis des années une guerre larvée.

Israël accuse l'Iran --qui dément-- de vouloir acquérir la bombe atomique et dit chercher par tous les moyens à l'en empêcher. Israël veut aussi contrer l'influence de l'Iran au Moyen-Orient.

Téhéran l'accuse en retour d'être à l'origine d'une série de sabotages et d'assassinats visant son programme nucléaire.

En août 2023, l'Iran avait affirmé avoir déjoué un projet "très complexe" initié par le Mossad de "sabotage" de son industrie de missiles balistiques. Quelques mois plus tôt, en février, Téhéran avait accusé Israël d'être responsable d'une attaque par drones d'un site militaire à Ispahan.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.