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Iran: le mouvement de contestation entre dans sa deuxième semaine, nouveaux affrontements


Dimanche 4 janvier 2026 à 17h56

Paris (France), 4 jan 2026 (AFP) — De nouveaux affrontements ont opposé ce week-end en Iran manifestants et forces de l'ordre, selon des médias locaux et défenseurs des droits humains, le mouvement de protestation entrant dimanche dans sa deuxième semaine.

Le mouvement, initialement lié au coût de la vie, a débuté le 28 décembre à Téhéran, où des commerçants ont fermé boutique pour protester contre l'hyperinflation et le marasme économique, et s'est depuis élargi à des revendications politiques.

La contestation a touché, à des degrés divers, une quarantaine de villes, essentiellement petites et moyennes et principalement situées dans l'ouest du pays.

Au moins 12 personnes, dont des membres des forces de sécurité, ont été tuées depuis, selon un bilan basé sur des annonces officielles.

Samedi soir, de nouveaux rassemblements se sont tenus dans la capitale iranienne qui compte environ 10 millions d'habitants. L'agence de presse Fars les a qualifiés de "limités", et étant "généralement composés de groupes de 50 à 200 jeunes".

Selon l'agence de presse, des slogans politiques tels que "+Mort au dictateur+" ont été entendus mais aucun débordement notable n'a eu lieu, hormis "quelques jets de pierres et l'incendie de quelques poubelles".

Des vidéos authentifiées par l'AFP montrent des forces de sécurité dispersant des manifestants ayant bloqué une rue avec des poubelles.

Dimanche, la majorité des commerces de Téhéran étaient ouverts, même si les rues semblaient moins remplies que d'habitude. Les forces de sécurité et anti-émeutes étaient déployées aux principaux carrefours, a constaté l'AFP.

- "Attaques organisées" -

La situation est plus tendue dans l'ouest du pays, à plusieurs centaines de kilomètres de Téhéran, où des médias iraniens ont rapporté ces derniers jours des violences et dégradations.

L'agence Fars a notamment fait état samedi d'"attaques organisées", notamment à Malekshahi, un comté d'environ 20.000 habitants où vit une importante population kurde.

D'après l'agence, des affrontements y ont coûté la vie à un membre des forces de sécurité et deux "émeutiers" qui avaient "tenté de pénétrer dans un commissariat".

Selon le mouvement de défense des droits de l'Homme Hengaw, basé en Norvège, les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont ouvert le feu sur des manifestants à Malekshahi, tuant quatre membres de la minorité kurde.

Le mouvement a dit vérifier des rapports faisant état de deux morts supplémentaires, en plus de nombreux blessés.

Il a aussi accusé les autorités d'être allées récupérer les corps des manifestants tués à l'hôpital.

L'ONG Iran Human Rights, elle aussi basée en Norvège, a fait état pour sa part de quatre morts et trente blessés dans cette ville. En publiant des images, authentifiées par l'AFP, de ce qui paraissait être des corps ensanglantés au sol.

Depuis le début des protestations, le pouvoir joue à la fois sur l'apaisement, reconnaissant des "revendications légitimes" liées aux difficultés économiques, et sur la fermeté face à toute tentative de déstabilisation.

Samedi, le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a déclaré que les revendications économiques des manifestants étaient "justes" mais que les "émeutiers" devaient être "remis à leur place".

Le mouvement est en tout cas pour l'instant de moindre ampleur que celui qui avait secoué l'Iran fin 2022 après la mort en détention de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée par la police des moeurs pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin.

En 2019, des manifestations avaient aussi éclaté après l'annonce d'une envolée du prix de l'essence. La contestation avait alors touché une centaine de villes, notamment Téhéran, et fait des dizaines de morts.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.