
Mardi 17 mars 2026 à 19h04
Paris (France), 17 mars 2026 (AFP) — Des foules se sont rassemblées mardi dans des villes iraniennes, répondant à un appel des autorités à des manifestations d'ampleur contre les "complots" ennemis, après plus de deux semaines de guerre avec Israël et les Etats-Unis.
La télévision d'Etat a montré de nombreux manifestants brandissant des drapeaux iraniens lors de ces rassemblements, organisés avant une nuit habituellement marquée par des festivités liées au Nouvel an persan, Norouz.
Elle a notamment montré de larges groupes d'hommes prier sur la place Punak de la capitale, sur le lieu même des manifestations antigouvernementales massives en janvier, réprimées dans le sang.
Les autorités avaient lancé un appel, largement relayé par les médias locaux, enjoignant la population à se joindre aux groupes religieux "sur toutes les places des villes à 17H00" (13H30 GMT), "afin de déjouer les complots potentiels des ennemis sionistes", en référence à Israël, que l'Iran ne reconnaît pas.
L'appel avait suivi l'annonce, par Israël, de l'assassinat du chef de la sécurité et figure clé du pouvoir iranien Ali Larijani, que Téhéran n'a pas confirmé.
- Feux d'artifice -
Ces manifestations se sont tenues alors que les Iraniens auraient normalement dû célébrer mardi soir Chaharshanbe Suri, une fête mêlant feu et lumière avant celle du Nouvel an, qui tombera vendredi.
Les autorités judiciaires ont appelé la population à ne pas descendre comme de coutume dans les rues pour cette fête.
"Afin de préserver la paix et la sécurité publiques, veuillez vous abstenir d'allumer des feux ou de faire exploser des pétards", ont-elles déclaré, selon l'agence de presse Tasnim.
Le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a averti que quiconque perturberait la sécurité publique à l'occasion des célébrations de Norouz ferait "l'objet de poursuites judiciaires sévères", sans "aucune tolérance, ni aucun pardon".
Six personnes ont été arrêtées, accusées d'être les "meneurs" d'un "réseau" prévoyant de provoquer des troubles mardi, a rapporté la télévision d'Etat, sans détailler.
Les célébrations sont officiellement interdites, en pleine période du deuil de 40 jours après la mort du guide suprême Ali Khamenei le 28 février, au premier jour de la guerre.
A 20H00 (16H30 GMT), les rues principales de Téhéran étaient calmes, à l'exception de passagers à bord de véhicules brandissant des drapeaux iraniens.
Mais une odeur de feu se dégageait de certains quartiers et des feux d'artifice ont été tirés, ont constaté des journalistes de l'AFP. Des habitants sifflaient aussi joyeusement à leurs fenêtres.
- "Risque d'affrontements" -
Depuis le début de la guerre, les autorités iraniennes ont mis en garde contre toute manifestation de contestation, et imposé de lourdes mesures de sécurité.
Les dirigeants américains et israéliens ont de leur côté appelé les Iraniens à se tenir prêts à se soulever.
La coupure quasi totale d'internet imposée par les autorités depuis le début de la guerre entrave l'accès à l'information dans le pays, mais certains Iraniens parviennent parfois à communiquer.
Un homme de 35 ans vivant à Bukan, dans une région kurde du nord-ouest, a indiqué à l'AFP à Paris que malgré les pressions, sa ville se préparait à célébrer Chaharshanbe Suri.
"Nous savons qu'il y a un risque d'affrontements avec les forces gouvernementales, mais nous essayons de ne pas trop les provoquer pour qu'ils ne nous tirent pas dessus", a-t-il déclaré, précisant que davantage de forces de sécurité avaient été déployées dans le centre-ville.
"Notre ville est réputée pour ses grandes célébrations de Chaharshanbe Suri. Cette tradition ne doit pas disparaître à cause de la guerre, ni pour quelque autre raison que ce soit", a-t-il estimé.
Les responsables iraniens avaient également appelé les citoyens à participer mardi aux cérémonies funéraires des 84 militaires tués au large du Sri Lanka début mars dans une attaque américaine de leur frégate.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.