
Mardi 24 mars 2026 à 18h47
Téhéran, 24 mars 2026 (AFP) — L'Iran et Israël ont échangé des frappes mardi, malgré un espoir ténu sur d'éventuelles négociations entre Téhéran et Washington afin de faire taire les armes au Moyen-Orient, au lendemain de propos contradictoires de Donald Trump.
Le Pakistan - allié de longue date de l'Iran - s'est dit prêt mardi à accueillir des discussions, alors que le conflit est entré dans sa quatrième semaine, paralysant une partie du transport mondial des hydrocarbures.
"Sous réserve de l'accord des Etats-Unis et de l'Iran, le Pakistan est prêt et honoré d'accueillir et de faciliter des pourparlers", a déclaré sur X son Premier ministre Shehbaz Sharif.
L'implication d'Islamabad aurait du sens, convient Michael Kugelman, expert de l'Asie du sud à l'Atlantic Council. "Le Pakistan est l'un des rares pays à entretenir des relations chaleureuses à la fois avec Téhéran et Washington" et "il représente les intérêts diplomatiques de Téhéran à Washington", où l'Iran ne dispose pas d'ambassade.
D'autres pays tiers poussent aussi pour une reprise des contacts diplomatiques. A l'instar du Qatar qui soutient "tous les efforts" en faveur d'un dialogue, sans y participer. Mais il a laissé entendre que les voisins de l'Iran devraient revoir collectivement leur système de sécurité, après son "effondrement".
L'Egypte, elle, joue manifestement ses propres cartes. Son ministre des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, s'est entretenu avec des représentants de l'Iran, des Etats-Unis, de la Turquie et du Pakistan ces derniers jours.
Le Caire a appelé lundi à "saisir l'opportunité offerte" par Donald Trump, et maintient "des contacts intensifs" tous azimuts pour "prévenir une plongée dans un chaos généralisé".
Un rôle de facilitateur de dialogue auquel les Egyptiens sont habitués: ils ont accueilli l'an passé des discussions sur le nucléaire entre Téhéran et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et sont au coeur, avec le Qatar et les Etats-Unis, des pourparlers entre Israël et le Hamas palestinien depuis deux ans.
- Quel interlocteur en Iran ? -
Reste que nul ne sait qui représente la partie iranienne, vingt-quatre heures après les déclarations contradictoires de Donald Trump qui, une fois encore, a pris la planète entière à contrepied.
Lundi, le président américain a retardé "de cinq jours" des frappes sur le réseau électrique de l'Iran. Puis s'est félicité que Washington et Téhéran aient trouvé des "points d'accord majeurs" dans des négociations, dont nul n'avait entendu parler, avec un mystérieux "haut dirigeant" iranien.
Seule certitude : il ne s'agit pas du nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, invisible depuis sa désignation par les instances iraniennes après le décès de son père.
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien - présenté par le site d'informations Axios comme l'interlocuteur des Etats-Unis - a démenti en bloc la moindre négociation, accusant le milliardaire de "manipuler les marchés financiers et pétroliers".
La diplomatie iranienne a tout juste reconnu avoir reçu, via des "pays amis", des "messages transmettant une demande américaine de négociations".
- Les frappes perdurent -
Dans ce contexte d'incertitude, les combats se sont poursuivis. Une frappe a touché un quartier cossu du nord de Tel-Aviv, faisant quatre blessés. Plus tard dans la journée, deux adultes et un nourrisson aussi ont été blessés, probablement par des fragments de missiles, dans le sud d'Israël.
Arabie saoudite, Bahreïn et Koweït ont eux aussi rapporté des attaques de drones et de missiles, sans déplorer de victimes. Un civil marocain travaillant pour l'armée des Emirats arabes unis a en revanche été tué par un missile iranien au Bahreïn.
De son côté, l'armée israélienne a mené "une série de frappes à grande échelle (...) dans plusieurs régions d'Iran" notamment Ispahan. Un projectile a touché les abords d'une station de traitement du gazoduc de Khorramshahr (sud-ouest), selon l'agence Fars.
"C'est comme si nous nous étions habitués à la situation. Les bruits, les explosions et les missiles font désormais partie de notre vie quotidienne", a confié à l'AFP par téléphone une femme de 35 ans, originaire du Kurdistan iranien et résidant à Téhéran.
"Les magasins sont plus ou moins ouverts, les différentes professions ont repris le travail, mais la guerre continue malgré tout", décrit-elle, tout en s'inquiétant pour les infrastructures pétrolières et gazières du pays.
Israël en guerre aussi contre le Hezbollah pro-iranien a annoncé mardi qu'il allait s'emparer d'une large zone du sud du Liban pour assurer sa sécurité, alors qu'il poursuit ses frappes sur le reste du territoire libanais, faisant trois morts près de Beyrouth et cinq autres dans le sud.
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière.
"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.
Des médias ont affirmé que l'armée américaine allait déployer des troupes supplémentaires au Moyen-Orient.
Et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dont les objectifs de guerre ne sont pas toujours alignés sur ceux de son allié, a assuré lundi que les frappes allaient se poursuivre.
"Les positions des belligérants sont plus éloignées que jamais. La marge de manoeuvre est très faible de part et d'autre", note David Khalfa, cofondateur du centre de recherches Atlantic Middle East Forum. "Les Iraniens auront du mal à convaincre Trump d'arrêter la guerre".
L'Europe, elle, s'irrite désormais ouvertement des sorties intempestives du président américain.
Le chef d'état-major français, le général Fabien Mandon, a déploré que les Etats-Unis soient "de moins en moins prévisibles" et n'aient pas prévenu leurs alliés avant d'entrer en conflit.
Et le président allemand Frank-Walter Steinmeier a jugé "perdue" la confiance entre les Etats-Unis et ses alliés occidentaux, stigmatisant un conflit "évitable" et "inutile".
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Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.