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Iran: critiquée pour sa réaction jugée trop timide, la France assume sa "prudence"


Mardi 13 janvier 2026 à 17h03

Paris (France), 13 jan 2026 (AFP) — Les condamnations françaises et européennes de la répression des manifestations en Iran sont jugées trop timides par une partie de la classe politique en France, mais aussi par le fils de l'ancien chah d'Iran qui déplore publiquement une "posture d'apaisement".

Face à ces critiques, le Premier ministre Sébastien Lecornu a assumé mardi une certaine "prudence".

"Jusqu'à présent, la France a malheureusement adopté une posture d'apaisement vis-à-vis du régime iranien", a déploré l'ex-prince héritier Reza Pahlavi, qui s'est érigé en figure de ralliement dans la contestation, dans un entretien publié mardi par Le Figaro Magazine.

"Il me semble moralement impératif pour le président Emmanuel Macron, et les dirigeants occidentaux, de se placer du bon côté de l'Histoire", a martelé cet opposant qui vit en exil depuis la révolution islamique de 1979 qui a renversé son père, mettant en garde contre un "énième arrangement avec un régime au bord de l'effondrement".

Le président français a d'abord condamné "fermement" vendredi "le meurtre de manifestants", et appelé Téhéran à la "retenue", dans une déclaration avec le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Lundi soir, sur X, il a de nouveau condamné "la violence d'Etat qui frappe aveuglément" les manifestants et s'est dit "aux côtés" des défenseurs des "libertés fondamentales" -- alors que de premières critiques commençaient à émerger sur la position française.

Les Européens sont globalement restés dans le registre de la condamnation, haussant néanmoins le ton d'un cran mardi: le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot, à l'instar de plusieurs homologues, a annoncé avoir convoqué l'ambassadeur d'Iran, tandis que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a promis de proposer "rapidement" aux Vingt-Sept de "nouvelles sanctions visant les responsables de la répression".

Elles viendraient s'ajouter au rétablissement récent de toutes les mesures punitives de l'ONU contre le programme nucléaire iranien.

- "Devoir de protection" -

Le chef de l'Etat s'était montré plus actif à l'automne 2022 lors d'un précédent mouvement de contestation, qui avait éclaté en Iran après la mort de la jeune Kurde Mahsa Amini, arrêtée par la police des moeurs pour avoir prétendûment enfreint le code vestimentaire imposé aux femmes. Il avait reçu à l'Elysée quatre dissidentes iraniennes, dont il avait salué la "révolution".

Cette fois, Emmanuel Macron, qui entretient un dialogue régulier avec les dirigeants iraniens, apparaît davantage sur la retenue, alors que Friedrich Merz a lui affirmé mardi que le pouvoir en Iran vivait ses "derniers jours et dernières semaines". D'autant que le président américain Donald Trump enchaîne les déclarations martiales menaçant les dirigeants de la République islamique.

L'objectif des Européens ne doit pas être de devenir "les commentateurs de l'histoire", mais "que le régime des mollahs tombe", a martelé l'eurodéputé social-démocrate Raphaël Glucksmann, appelant l'Union européenne à placer les Gardiens de la Révolution, "l'instrument de la répression", sur sa liste des "organisations terroristes".

A droite, le président du parti Les Républicains Bruno Retailleau a affirmé que la France "ne peut se contenter" d'"appels abstraits à l'apaisement", mais "doit soutenir clairement toute solution politique alternative crédible au régime des mollahs".

"L'Histoire jugera notre attitude. Soit nous aurons été au rendez-vous du courage, soit nous aurons choisi le confort du +pas de vague+ diplomatique", a-t-il lancé dans Le Point.

Allié du Rassemblement national, le chef de l'UDR (Union des droites pour la République) Eric Ciotti a appelé Emmanuel Macron à faire de l'opposition iranienne son "seul interlocuteur légitime".

A Paris, on scrute les accusations d'ingérence étrangère brandies par le pouvoir iranien pour tenter de délégitimer les manifestations, et on assure travailler en coulisses.

Sébastien Lecornu a lui justifié, devant l'Assemblée nationale, "cette prudence" par la situation "plus que fragile et préoccupante" des Français Cécile Kohler et Jacques Paris, libérés en novembre par les autorités iraniennes après plus de trois ans de prison mais toujours frappés d'une interdiction de quitter l'Iran.

Le procès pour apologie du terrorisme de l'Iranienne Mahdieh Esfandiari, possible monnaie d'échange avec Téhéran pour obtenir leur retour en France, s'est ouvert mardi à Paris.

Le Premier ministre a aussi invoqué un "devoir de protection" des quelque 1.000 ressortissants français qui vivent dans le pays, et des "intérêts de la France dans la région" face au risque d'un "embrasement régional".

bur-fff/hr/pcl

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.