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Irak: offensive kurde contre les jihadistes, raids américains accrus


Lundi 18 août 2014 à 21h53

Baqufa (Irak), 18 août 2014 (AFP) — Les combattants kurdes et les forces irakiennes, appuyés par des raids américains, poursuivaient lundi leur offensive contre les jihadistes après avoir repris le principal barrage d'Irak, un pays menacé d'éclatement où Washington et Londres ont renforcé leur engagement militaire.

Le président américain Barack Obama doit s'exprimer à 20H00 GMT sur l'Irak après avoir autorisé des frappes ciblées pour stopper la progression des jihadistes de l'Etat islamique (EI) dans le nord de l'Irak et envoyé des conseillers militaires sur le terrain, outre la livraison d'armes aux forces kurdes.

Face aux dangers pesant sur les chrétiens et d'autres minorités menacées par l'EI, le pape François a appelé à une action collective de l'ONU pour "stopper l'agression injuste", jugeant indirectement insuffisants les raids américains, et s'est dit "disponible" à se rendre en Irak "si nécessaire" pour apporter son soutien aux dizaines de milliers de déplacés.

L'EI, qui sème également la terreur en Syrie voisine, est aussi sous le feu de l'aviation du régime de Bachar al-Assad qui a mené des dizaines de raids contre ses positions dans le nord syrien.

La reprise dimanche du barrage de Mossoul dans le nord d'Irak est le revers le plus important infligé à l'EI depuis que ce groupe ultra-radical a lancé le 9 juin une offensive fulgurante qui lui a permis de s'emparer de larges pans de territoire face à une armée en déroute.

Après leur contrôle du barrage, les forces kurdes combattaient un "petit nombre" de jihadistes dans la localité de Tal Kayf, plus au sud-est, a indiqué un officier kurde.

"Les avions bombardent et les peshmergas (combattants kurdes) avancent", a déclaré un combattant kurde.

Des journalistes de l'AFP ont vu des colonnes de fumée se dégager d'un secteur visé après un survol d'avions de combat près du barrage situé à 50 km de Mossoul, place forte de l'EI.

Selon l'armée américaine, 15 raids ont visé dans la journée des positions de l'EI aux environs du barrage. Dimanche, 14 raids ont été lancés dans le secteur, l'un des bombardements les plus massifs contre l'EI depuis le début des frappes américaines le 8 août.

- 'Nous connaissons leur tactiques' -

Des équipes d'experts parcouraient de leur côté le site à la recherche d'éventuels engins explosifs laissés par l'EI, après que le porte-parole irakien pour la sécurité, le général Qassem Atta, a confirmé la reprise totale du barrage.

"Au départ, (l'EI) nous a pris par surprise avec son offensive. Mais maintenant nous connaissons leurs tactiques et ils ne peuvent plus prendre une quelconque portion du territoire", a déclaré le général peshmerga Sardar Kamal, sur le front dans la région de Baqufa, proche du barrage.

Accusé de multiples exactions --exécutions sommaires, viols et persécutions-- le groupe ultra-radical de l'EI a proclamé fin juin un califat islamique à cheval sur des territoires qu'il contrôle en Irak et en Syrie.

Début août, il a avancé en direction de la région autonome du Kurdistan (nord) poussant les combattants kurdes d'Irak, de Syrie et de Turquie à unir leurs forces dans une rare alliance pour lui faire face.

Outre l'engagement américain, le Premier ministre britannique David Cameron a affirmé que son pays devait employer toutes ses "capacités militaires" pour stopper l'EI, et son ministre de la Défense Michael Fallon a dit que Londres et "d'autres pays en Europe" étaient déterminés à agir pour aider l'Irak "à combattre cette forme nouvelle et très radicale de terrorisme".

Après un peu plus de deux mois de violences ayant plongé le pays dans la tourmente, les puissances occidentales, soulagées par le départ du très contesté Premier ministre Nouri al-Maliki, ont envoyé de l'aide humanitaire aux centaines de milliers de réfugiés ayant fui les jihadistes, ainsi que des armes aux Kurdes.

- Soulèvement tribal dans l'ouest -

M. Maliki était accusé d'avoir alimenté le chaos après huit ans au pouvoir, surtout la montée en force des jihadistes, en menant une politique autoritaire excluant la minorité sunnite dans un pays majoritairement chiite.

Après le départ de ce chiite honni par les sunnites surtout dans la province occidentale d'Al-Anbar, des puissantes tribus sunnites ont pris les armes pour aider les forces irakiennes à chasser les jihadistes de cette région, reprenant la localité d'Al-Uqda, selon la police.

Sur le plan humanitaire, un grand nombre d'Irakiens appartenant aux minorités des Yazidis, chrétienne, des Shabaks et des Turcomans, sont toujours menacés d'être tués ou enlevés par les jihadistes, selon des ONG.

Des dizaines de milliers de la minorité kurdophone des Yazidis avaient fui leur bastion de Sinjar pris le 3 août par l'EI, se réfugiant dans les montagnes environnantes ou dans le Kurdistan. Leur situation désespérée avait déclenché un élan international pour la livraison d'aide et participé à la décision américaine de lancer des frappes.

Enfin, après le Conseil de sécurité de l'ONU, les Etats-Unis ont mis sur leur liste noire de "terroristes internationaux" le porte-parole de l'EI, Abou Mohamed al-Adnani, qui avait annoncé au nom de son groupe le rétablissement du califat et appelé à prendre Bagdad.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.